RENGAINE de Rachid Djaïdani (2012) : le nouveau souffle

Pour qui connaît un peu l’univers de Rachid Djaïdani, l’annonce d’un long-métrage laissait présager une claque cinématographique. Après avoir traîné sa silhouette longiligne sur les plateaux de tournages (il fut vigile sur le film La Haine de Mathieu Kassovitz et joua notamment dans Ma 6-T va cracker de Jean-François Richet), le jeune homme, féru de boxe thaï, se fait connaître par un roman coup de poing, Bomkoeur, publié en 1999 alors qu’il a 25 ans. Dans un lyrisme brut, il y dépeint la réalité quotidienne d’une cité dortoir, bien loin des clichés populaires. Ses deux autres ouvrages, Mon nerf (2004) et Viscéral (2007), confirme la virtuosité de ce poète urbain. Pendant trois ans, le garçon écume les planches grâce à Peter Brook qui le fait jouer dans plusieurs pièces : Hamlet, Tierno Bokar et Le costume. Son visage devient familier du grand public grâce à la série Police district et ses carnets de voyages pour France 4, Rachid au Texas et Rachid en Russie. A la même période, il s’essaie au documentaire : Sur ma ligne, tourné durant l’écriture de son second roman, et La ligne brune qui suit les neuf mois de grossesse de sa femme (présenté au festival Pocket films en 2010). Parallèlement à tous ces projets, Rachid Djaïdani se lance dans une aventure cinéma qui durera 9 ans : un film sans argent mais avec l’envie de parler du racisme autrement. Rengaine* naît de la persistance de son auteur et de la fidélité de ses comédiens. Le chemin jusqu’au clap final aura été éprouvant, laborieux, intense. On le sent dans ces pixels qui parasitent l’image d’un couple mixte, Sabrina (Sabrina Hamidi, la femme du réalisateur) et Dorcy (Stéphane Soo Mongo). Elle est maghrébine, lui noir africain et comédien de surcroît. Ils s’aiment et décident de se marier, sans se préoccuper des autres. Mais la rumeur court, titillant l’ego d’une rangée de frangins possessifs. Parmi eux, Slimane (Slimane Dazi), garant de la morale familiale, ne veut pas que sa sœur épouse un homme noir. Et voilà qu’éclate au grand jour un racisme inattendu, touchant des communautés qui se fréquentent mais ne se mélangent surtout pas. Autour du couple, chacun y va de sa petite phrase absurde et de son intolérance. Mais ce que pointe avant tout le réalisateur c’est l’hypocrisie des traditions et les frustrations qu’elle engendre. Ainsi, la violence que manifeste Slimane à l’encontre des tourtereaux ne tarde pas à révéler ses propres contradictions. Partant d’une histoire d’amour conflictuelle, le film devient le parcours introspectif d’un homme mis face à ses préjugés. C’est aussi, à travers le personnage de Dorcy, une réflexion sur la difficulté d’être un artiste. La tragédie théâtrale qui se dégage de chaque scène, la spontanéité de la caméra, la vivacité du texte et l’enthousiasme des acteurs font de Rengaine une expérience à vivre. Un choc à prendre en pleine face.

*Présenté à Cannes cette année et au Forum des Images, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, le film a reçu le prix Fipresci. 

Titre : Rengaine/ Pays : France/ Durée : 1h15/ Distribué par Haut et Court/ Sortie le 14 Novembre 2012

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