MICHAEL HANEKE EN A T-IL TROP FAIT AVEC « AMOUR » ?

 

Avec Michael Haneke, il n’y a jamais de demi-mesure. Les cinéphiles aiment ou détestent son oeuvre et lui-même attend du spectateur qu’il accepte tout de ses films ou qu’il quitte la salle… (*). Malgré le jugement sans concession que porte le réalisateur autrichien sur son public, difficile de nier son talent. Au centre de son cadre, des personnages, souvent bourgeois, se retrouvent soumis à une certaine cruauté psychologique. De façon clinique, Haneke autopsie le mal sous toutes ses formes, confrontant le spectateur à sa propre violence. De son cinéma dérangeant et dérangé, on retiendra notamment La pianiste, un drame terriblement oppressant qui remporta la Grand prix du jury à Cannes en 2001 ; Caché, troublant thriller qui lui valut un prix de la mise en scène en 2005; et surtout Le ruban blanc, Palme d’or en 2009. Dans ce film, qui restera à jamais son meilleur, Haneke pose un regard noir et blanc glacial sur l’éducation d’un petit village allemand quelques années avant la montée du nazisme. Par son intransigeante analyse des comportements et des origines de l’inhumanité, Le ruban blanc méritait incontestablement la palme. Peut-on, 3 ans plus tard, en dire autant de Amour ? Bien sûr, on y retrouve les mêmes ingrédients que dans ses précédents films : un milieu aisé (un couple de pianistes), un thème de société (la fin de vie) et l’irrésistible envie de mettre les spectateurs mal à l’aise. Le cinéaste nous fait partager l’intimité de Georges (Jean-Louis Trintignant) et Anne (Emmanuelle Riva), deux professeurs de piano à la retraite. Lorsque Anne est victime d’un accident vasculaire cérébrale et qu’elle se retrouve paralysée, George choisit de la garder à la maison pour s’occuper d’elle, nous prenant à témoin de ses décisions et ses angoisses. De temps en temps, leur fille (Isabelle Huppert qui étonnamment joue un peu faux) passe les voir. Une musicienne qui, aveuglée par ses problèmes de couple, ne veut pas voir que ça va mal. Et nous sommes toujours là, regardant impuissants Anne perdre tout ce qui lui reste d’autonomie et de dignité tandis que Georges fait d’angoissants cauchemars et pousse des cris d’effroi insoutenables. A mesure que l’état de l’octogénaire se dégrade, on a envie de regarder ailleurs. Haneke nous oblige à accompagner son personnage jusqu’à la mort avec une certaine maladresse. C’est comme s’il nous enfermait dans une pièce où agonisait un malade et qu’il jetait la clé. On a la sensation d’être pris en otage par un bonhomme aux procédés malhonnêtes. Par ailleurs, cet amour qu’on nous promet dans le titre est incroyablement absent. Georges et Anna forment un vieux couple de marbre qui ne dit l’amour ni par les mots, ni par les gestes. Reste les très belles performances d’Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant dont la sincère émotion fait oublier parfois cette agaçante impudeur.

*Lire les propos de Haneke sur Funny Games dans l’article « Haneke père sévère » par Joachim Lepastier, Cahiers du cinéma, n°683, Novembre 2012

Titre : Amour/ Pays : France/ Durée : 2h06/ Distribué par Les Films du losange/ Sortie le 24 Octobre 2012

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