« TÉLÉ GAUCHO » : FAUT-IL ALLER VOIR LE NOUVEAU FILM DE MICHEL LECLERC ?

Télé gaucho

Dans les années 90, un ovni télévisuel a traversé, tel une comète, nos écrans tristement aseptisés par la culture de masse. C’était Télé Bocal, une chaîne associative et militante qui ambitionnait de redonner la parole au peuple et de souffler un vent de liberté dans la petite lucarne. Désordre assumé et cadrage hasardeux caractérisaient des émissions que l’on pouvait découvrir lors de projections conviviales dans les locaux de la chaîne. Le bouche à oreille aidant, Télé Bocal a eu pendant un temps sa rubrique régulière dans le Vrai Journal de Karl Zéro sur Canal +. Aujourd’hui, cette télé de proximité, résolument engagée à gauche, ne fait plus trop parler d’elle. Pourtant, la chaîne émet toujours grâce au canal qu’elle partage avec d’autres antennes locales sur la TNT. Ancien de Télé Bocal, Michel Leclerc rend ici un hommage amusé à l’idéalisme gauchiste et bon enfant qui a animé des pieds nickelés de la télévision. A travers Victor (Félix Moati), un jeune apprenti cinéaste propulsé sur la planète Télé Gaucho, le réalisateur du Nom des gens partage les souvenirs d’une époque nourrie par les dernières illusions soixante-huitardes et en profite pour saluer le cinéma de François Truffaut.

On rit souvent devant les clins d’œil kitch aux années 90 (Bi-bop, caméra VHS, cubes 4/3…) et le militantisme dérisoire. Surtout qu’avec ses féroces caricatures, Télé Gaucho prend souvent des airs de bande-dessinée. Parmi les personnages, on croise une révolutionnaire grande gueule (Maïwen Le Besco), un meneur anticapitaliste et magouilleur (Eric Elmosnino), un gauchiste rive gauche (Yannick Choirat) ou encore une sympathisante délurée (Sara Forestier, dans un rôle très proche de celui du Nom des gens). Leur ennemi ? Le grand capital représenté par une version blonde d’Evelyne Thomas (Emmanuelle Béart) officiant dans le talk-show de la puissante chaîne HT1. Des répliques bien senties et une bonne humeur générale contribuent à mettre le spectateur dans l’ambiance. Mais (car il y a un grand MAIS) difficile de tenir 1h50 sans scénario et sans intrigue. Car Télé Gaucho est aussi foutraque que l’était Télé Bocal. Il n’y a pas de ligne directrice, pas de réelle prise de distance et finalement pas d’histoire. Victor vit sa vie privée et professionnelle sous notre œil complaisant sans que l’on ne cerne jamais la finalité de ce gentil spectacle. Le film aurait pu être un sympathique court-métrage, d’ailleurs le cinéaste parle de Télé Gaucho comme du « making-of » de Poteau rose, un court qu’il avait déjà consacré à l’aventure Télé Bocal. Alors, faut-il aller voir cet ovni ? Pourquoi pas… Car les acteurs (Félix Moati en tête) illuminent le film par leur énergie et leur enthousiasme. Et puis cette chronique des années 90, dont on ne peut nier la sincérité,  est par moment d’une troublante actualité. Ainsi, lors d’un scène de manifestation, on découvre des images où militants anti-PACS et anti-avortement crachent le même venin que les anti-mariage gay qui sévissent aujourd’hui. En mettant en parallèle les deux époques, Michel Leclerc pointe un obscurantisme qui résiste dangereusement à l’épreuve du temps. Et c’est là l’essentiel.

Titre : Télé Gaucho/ Pays : France/ Durée : 1h52/ Distribué par UGC Distribution/ Sortie le 12 Décembre 2012

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