POURQUOI DEVEZ-VOUS VOUS RUER SUR « SUGAR MAN » ?

SUGAR MAN

Il y a des destins que l’on rêverait glorieux. Des artistes que l’on imaginerait bien au sommet et qui, du fait des circonstances, n’ont jamais eu la carrière qu’ils méritaient. Sixto Rodriguez est l’un de ceux-là, un diamant brut dont on n’a jamais décelé l’éclat. Il fait ses débuts vers la fin des années 60, à l’époque où Bob Dylan et Neil Young brillaient déjà de leur folk mélancolique. Après un premier single prometteur, édité en 67, le label Sussex sortit deux albums, Cold Fact en 1970 et Coming from reality en 1971, qui n’eurent pas le succès escompté. Trop sulfureux, trop politique, trop négligé par sa maison de disque ? Tout ce que l’on sait c’est que le public passe à côté des deux perles et que le label dirigé par Clarence Avant (qui lance également Bill Withers) ne donne pas suite. Pourtant, à l’autre bout de l’Atlantique, il se passe quelque chose d’incroyable : en Afrique du Sud, Sixto Rodriguez est une idole. Il est vrai que pour la jeunesse blanche qui étouffe sous le poids de l’Apartheid, les textes libertaires du musicien ont de quoi faire mouche. Et puis le mystère qui entoure le personnage ne fait que renforcer la fascination des Afrikaners. Car on ne sait rien de Rodriguez, ni d’où il vient, ni ce qu’était sa vie à l’ombre des pochettes de disque. Entre les années 70 et 80, les albums sont copiés, recopiés et même réédités par des labels locaux sans que jamais personne ne se préoccupent d’éventuels droits d’auteurs. C’est alors que deux fans de la première heure, l’un journaliste, l’autre disquaire, décident de mener l’enquête pour découvrir l’homme derrière le mythe.

Le documentariste Malik Bendjelloul nous raconte une histoire passionnante pleine de rebondissements et d’émotion. A travers les témoignages de ceux qui l’ont connu, se dessine peu à peu le portrait d’un humaniste dont l’engagement surpasse de loin les ambitions artistiques. La légende en a fait un personnage magnétique mais l’homme se révèle avant tout d’une pudeur et d’une humilité rares. Jamais amer sur son sort, Sixto Rodriguez nous donne une véritable leçon de vie, poussant à une réflexion sur le culte des artistes et la réalité. Le film a également une valeur historique en restituant avec précision une partie de ce que fut le régime de l’Apartheid et des frustrations qu’il a nourries.  Cette aventure met au jour un prodigieux travail d’enquête qui trouve tout son sens dans l’heureux dénouement de ce conte de Noël. Il faut dire que l’auteur sait tenir son public en halène, distillant ses informations au compte-goutte et jouant à loisir sur quelques incohérences pour mieux entretenir le mystère. D’ailleurs, Sugar man ne livrera pas tous ses secrets. Jusqu’au bout, Sixto Rodriguez restera cette silhouette lointaine et imprécise, mise à bonne distance du star-système.

En France, le documentaire ne sort que dans trois salles, comme un ultime coup porté à un artiste maudit. Mais qui sait ? Peut-être est-ce là encore une dernière pirouette pour demeurer définitivement insaisissable… 

Titre : Searching for Sugar man/ Réalisateur : Malik Bendjelloul/ Pays : UK-Suède/ Durée : 1h25/ Distribué par ARP Selection/ Sortie le 26 Décembre 2012

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