THE MASTER, cinéma hypnotique…

The master

Depuis There will be blood (2007), Paul Thomas Anderson nous avait laissés sans nouvelles. Difficile pourtant d’oublier cette fresque puissante et ténébreuse qui nous plongeait avec délectation dans l’enfer du pétrole. On se souvient du regard halluciné de Paul Dano, terrifiant en prédicateur fou, face à un Daniel Day Lewis, fascinant quand il laissait l’obsession de l’or noir consumer son personnage. De ce duel psychologique et idéologique opposant deux visions du fanatisme, Paul Thomas Anderson a réalisé une danse macabre d’images restées indélébiles dans notre mémoire cinéphile. Avec The Master, le cinéaste  poursuit l’expérience d’un cinéma hypnotique en explorant la relation tortueuse qui se noue entre un vétéran de la Seconde Guerre et le gourou d’une secte. Même s’il s’est inspiré de quelques éléments de la vie de Ron Hubbard, l’ancien leader de la Scientologie, le réalisateur se détache très vite de la réalité pour nous offrir une œuvre magnétique et singulière. Solitaire, alcoolique, obsédé sexuel, Freddie Quell est un homme en colère, incapable de se réinsérer après avoir vécu les horreurs de la guerre. Il faut dire que dans cette société américaine des années 50, consumériste, proprette et hermétique aux traumatismes de ses soldats, l’ex-marine ne trouve pas sa place. Sa rencontre avec Lancaster Dodd, le « Maître », est donc une bénédiction, un moyen de ne pas sombrer. Pourtant, chez cet homme qui captive une caste bourgeoise en quête de spiritualité, il y a d’autres formes de frustrations. Entre une femme castratrice, la pression d’être le leader d’un groupe et les valeurs dont il se doit d’être le garant, Lancaster n’est pas complètement heureux. Voilà pourquoi il se passionne pour Freddie, le clown triste, vulgaire et dérangé, qui fabrique de l’alcool avec n’importe quoi. D’emblée, l’amitié entre ces deux figures dégénérées devient fusionnelle tant ils sont dépendants l’un de l’autre. Paul Thomas Anderson filme ce rapport étrange où la domination change perpétuellement de camp, où chacun vampirise l’autre tout en le maintenant en vie. Par des cadrages resserrés ou, au contraire, très élargis, il force l’opposition entre le trop plein de Freddie, rongé par tous ses excès, et le train de vie monacal de Lancaster. Ainsi, Freddie évolue dans des décors oppressants tandis que Lancaster est placé systématiquement dans des espaces vides et immenses, renforçant sa position patriarcale. Chez le soldat, on décèle une absence dans le regard, comme si l’homme n’était pas vraiment là, comme si la mort rodait encore. De fait, l’emprise qu’a le gourou sur sa proie est limitée. Freddie, à travers qui nous observons la secte, met systématiquement une distance par son état second. On pourrait même dire qu’il voit ce que les autres ne voient pas : une manipulation mentale, une arnaque géniale qu’il consent à accepter seulement s’il en contrôle le jeu. Paul Thomas Anderson signe un film superbe qui réussit à vous posséder de bout en bout. Impossible de décrocher son regard de cette partition visuelle où Joachin Pheonix et Philip Seymour Hoffman se livrent à une performance monumentale, révélant deux nouveaux monstres sacrés du cinéma. Malgré tout, on peut émettre quelques réserves concernant un aspect de ce jeu empli de théâtralité. En effet, Joachin Phoenix, pourtant impressionnant en homme blessé dans son âme et dans sa chair, offre une gestuelle parfois trop mécanique et trop empruntée pour qu’on se laisse totalement convaincre. Mais ce n’est rien au regard de l’envoûtement que suscite l’oeuvre du maestro Paul Thomas Anderson

Titre : The Master/ Réalisateur : Paul Thomas Anderson/ Pays : USA/ Durée : 2h17/ Distribué par Metropolitan FilmExport/ Sortie le 9 Janvier 2013

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