HITCHCOCK : Était-ce bien utile…?

HITCHCOCK Affiche

Avouons-le, c’était suicidaire. Tenter de représenter Hitchcock, incarner sa bonhomie, son génie et sa perversité, sans tomber dans la caricature et les postures figées, c’était mission impossible. Pour éviter l’écueil du biopic fleuve, les grosses productions ont trouvé la parade en ce concentrant sur un épisode précis de la carrière de leur sujet. Pour Marilyn Monroe, ce fut le tournage mouvementé du Prince et la danseuse, raconté l’année dernière dans l’épouvantable My week with Marilyn. Pour Hitchcock, il y eut récemment The girl, un téléfilm de HBO revenant sur les déboires de Tippi Hedren (Sienna Miller) lors du tournage des Oiseaux, où le cinéaste (Toby Jones) terrorisait son actrice. Maintenant, c’est la genèse de Psychose qui est passé au crible d’une narration morne et aseptisée. Derrière la caméra, Sacha Gervasi, réalisateur du documentaire métalleux Anvil et auteur du Terminal adapté par Spielberg, ne s’épuise même pas à faire croire qu’Anthony Hopkins est Hitchcock. Ainsi, il filme l’acteur au plus près jusqu’à ce que l’on puisse distinguer la colle du maquillage. Quant à Scarlett Johansson, on se demande bien qui a eu l’idée saugrenue de lui donner le rôle de Janet Leigh tant elle semble égarée dans cet univers faussement hitchcockien. D’ailleurs, toutes les femmes du film (Jessica Biel en Vera Miles, Toni Colette en secrétaire) ont l’air de pièces rapportées destinées à compléter un musée de cire bien pathétique. James d’Arcy fait un étonnant Anthony Perkins, physiquement très ressemblant mais psychologiquement trop proche du déséquilibré qu’il incarne. Seule Helen Mirren, en Alma Hitchcock, sort du lot, prenant le film à bras le corps sans artifice et sans fausse note.

Concernant l’histoire, rien ne manque à l’appel. Tout ce qui a été lu, vu ou entendu dans la foisonnante documentation existant sur Hitchcock est dans le film : les rapports tendus avec Alma, la relation obsessionnelle et possessive qu’entretenait le cinéaste et ses actrices, la condescendance de la presse vis-à-vis du projet, les conflits avec la Paramount… Sacha Gervasi s’est contenté d’aligner les anecdotes et les phrases sentencières sans jamais apporter une once de fantaisie à son récit. Résultat : un film pataud où les acteurs, étouffant dans des costumes trop réducteurs, semblent désespérément chercher une porte de sortie.

Titre : Hitchcock/ Réalisateur : Sacha Gervasi/ Pays : USA/ Durée : 1h38/ Distribué par Twentieth Century Fox/ Sortie le 6 Février 2013

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