POURQUOI FAUT-IL DIRE OUI À PABLO LARRAÍN ?

NO de Pablo Larrain

 

Il y a tout juste deux ans sortait Santiago 73, post mortem, une histoire d’amour contrariée par le coup d’état de Pinochet contre Allende le 11 septembre 1973. Dans cette œuvre singulière, Pablo Larraín dressait un portrait effroyable de la dictature chilienne et figeait ses personnages dans une âpreté et une léthargie souvent déconcertantes. Cette année, il revient avec No, sorte d’antithèse cinématographique de Santiago 73 car portée par un enthousiasme déroutant. Ici, Pablo Larraín s’intéresse à la campagne qui mit fin au règne de Pinochet en 1988 et signe un film haut en couleurs. Le choix d’une caméra d’époque à l’image granuleuse nous transporte immédiatement dans un passé marqué par un bouleversement politique majeur pour le Chili. Tiré de la pièce d’Antonio Skármeta, Le référendum, No déploie son énergie dans un duel ludique entre deux publicitaires. L’un (Gael García Bernal) est un communicant jeune et brillant, embarqué malgré lui dans l’effervescence contestataire ambiante. L’autre (Alfredo Castro, vu dans Tony Manero et Santiago 73), patron du premier, est de l’ancienne école, ne cachant pas ses accointances avec le pouvoir.

En 1988, Pinochet avait lancé un référendum afin de modifier la constitution et prolonger son mandat. Pour redorer son blason auprès de l’opinion internationale, il avait autorisé l’opposition à faire une campagne télévisuelle de quelques minutes en faveur du NON. Sans le vouloir, Pinochet ouvrait une voie vers sa propre destitution… Car le choix d’une campagne axée sur la joie de vivre et l’humour, plutôt que la dénonciation des crimes du dictateur, a vite fait de redonner espoir au peuple désespéré. C’est sous cet angle ultra positif que Larraín construit son histoire. Loin du film à charge, le cinéaste créé un terrain de jeu où se mêlent images pop et slogans séducteurs. Une stratégie visuelle qui brouille les pistes et met en lumière les incertitudes de tout un pays. En croisant un destin national et un parcours individuel, Larraín induit une métamorphose globale. A travers son engagement politique grandissant, René Saavedra, notre héros, père de famille divorcé, trouve en lui la responsabilité qui lui faisait défaut. Par sa remise en question personnelle et son évolution, il incarne le renouveau dont le Chili avait besoin. Tout le film est basé sur la même mécanique : arriver à son but par des chemins alternatifs. Ainsi, le cinéaste contourne la violence pour mieux la mettre en valeur. Il n’use jamais d’images choc pour éveiller les consciences, mais la peur qu’il capture sur les visages de ses personnages en dit long sur les douleurs du passé. Après avoir déterré les mauvais souvenirs dans son précédent film, Pablo Larraín semble, par son enthousiasmante composition, faire table rase du passé et dire non à un immobilisme historique.

Titre : No/ Réalisateur : Pablo Larraín/ Pays :  Chili/ Durée : 1h57/ Distribué par Wild Bunch/ Sortie le 6 Mars 2013

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