SPRING BREAKERS : filmer le vide par le vide…

SPRING BREAKERS

D’abord annoncé comme la prochaine sensation forte du cinéma indé après sa présentation à la dernière Mostra de Venise, la communication de Spring Breakers s’est muée, il y a quelques mois, en une campagne putassière destinée à racoler les ados. A mi-chemin entre un Projet X bis et un Disney trash, le packaging du film a quelque peu soufflé le chaud et le froid sur ce que pouvait être en réalité le nouveau film d’Harmony Korine. Même si le doute était permis, les premières minutes du film laissent clairement transparaître les intentions du réalisateur : pervertir l’imagerie virginale des héroïnes Disney (Vanessa Hudgens et Selena Gomez) pour signifier le vide d’une génération anesthésiée. Quatre jeunes filles paumées vont donc être les outils de sa démonstration soit disant machiavélique. En manque d’argent pour faire la fête au Spring Break, trois d’entre elles (Vanessa Hudgens, Ashley Benson et Rachel Korine) décident de braquer un restaurant avec un pistolet en plastique. Flanquée de leur petite protégée (Selena Gomez), une catholique convaincue au potentiel fêtard, le gang de filles prend la route du bikini avec l’espoir de changer de vie.

Après avoir répondu aux fantasmes mammaires des ados venus au cinéma pour se rincer l’œil et sniffer de la coke par procuration, le film s’attelle à sa mission de révélateur de la bêtise ambiante. Assez lourdement, d’ailleurs, quand deux des filles réclament du sexe pendant un cours d’histoire afro-américaine ou quand Korine fait des chansons de Britney Spears la nouvelle religion des braqueuses rose bonbon. Le problème du film est que sa mécanique scénaristique se dévoile beaucoup trop tôt. Korine filme ses personnages dans une bulle irréelle aux couleurs criardes et détourne les codes pour ados afin de pointer leur incapacité à discerner le bien du mal. Sauf qu’à force d’enchaîner les plans sous acide, les ralentis bêtas et les paires de seins siliconés, l’ironie mordante du cinéaste se noie dans son concept jussu’à faire passer Spring Breakers pour un simple teen-movie. De fait, on est souvent à la limite du film gadget avec personnages déclinables en produits dérivés et scènes faussement choc calibrées pour atterrir sur internet. La construction du personnage d’Alien (James Franco) en est un bel exemple : s’autoproclamant Pygmalion des filles, ce Magicien d’Oz de la gâchette évolue dans un univers gangsta caricatural (dont on se fiche complètement) mais toujours certifié d’un logo d’extraterrestre comme pour marketer jusqu’au bout la moindre image du film. D’un point de vue narratif, on reste évidemment sur sa faim car Korine ne développe pas vraiment ses histoires allant même jusqu’à avorter certaines d’entre elles au moindre incident. Finalement, Spring Breakers reste bien sage, prenant la poudre d’escampette dès qu’il faut analyser de manière plus psychologique les travers d’une jeunesse neurasthénique. Seule la scène finale éveille un peu d’intérêt. Malheureusement, elle ouvre le champ vers un féminisme de bac à sable faute d’un propos mieux étayé.

Titre : Sprong Breakers/ Réalisateur : Harmony Korine/ Pays :  USA/ Durée : 1h32/ Distribué par Mars Distribution/Interdit aux moins de 12 ans/ Sortie le 6 Mars 2013

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