KINSHASA KIDS, entre documentaire chimérique et fiction instantanée…

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Il y a quelques mois Rachel Mwanza illuminait Rebelle, le film du réalisateur canadien Kim Nguyen qui racontait avec fureur l’enfer des enfants soldats en Afrique. La jeune fille y était solaire, étrangement détachée, abordant son rôle comme une vie parallèle à son propre malheur. Dans Kinshasa Kids, qu’elle a tourné avant Rebelle, Rachel Mwanza dévoile sa réalité d’enfant des rues prise au piège des traditions animistes et d’une pauvreté globale. Considérés comme des sorciers par leur famille, certains enfants se voient chassés de leur terre à la faveur des croyances populaires. C’est se qui mène la caméra de Marc-Henri Wajnberg à suivre, dans la moiteur de Kinshasa, huit enfants des rues qui tentent de s’en sortir en montant un projet musical.

Dès les premières images, Kinshasa Kids interpelle par son ambiguïté formelle, tant il hésite entre documentaire et fiction, entre réalité de l’instant et histoire fantasmagorique. Le début du film a valeur de document quand le cinéaste filme à hauteur d’enfant la jeunesse qui vagabonde dans une ville à la fois meurtrie et bouillonnante. On y découvre les dangers de la rue, les vices et la cruauté qui souille à jamais l’enfance. Souvent la caméra se fait compagne malheureuse de cette tragédie, parfois même elle est prise à parti par une population désespérée qui lui lance d’ultimes appels au secours. Puis, peu à peu, le film s’évade de sa condition d’objet de témoignages pour nous entraîner dans une incroyable aventure musicale. De ses années de documentariste pour la télévision, Marc-Henri Wajnberg a fait un film mouvant, à la fois porté par l’authenticité de ses interprètes et nourri par le jeu de la construction narrative. Dans la réalité qu’il décrit, le cinéaste laisse progressivement la fiction et l’imaginaire envahir son récit, faisant ainsi une proposition de cinéma savoureusement ludique. Tout comme les enfants du film, on s’émerveille de l’apparition d’un violoncelle dans une bicoque en ruines, d’un concert classique au soleil couchant ou de l’univers excentrique et doucereux de Bebson, mystérieux compagnon de route musical. Le film est plein de ces moments de grâce, de cette musique qui enchante le quotidien, de ces rêves que poursuivent de toutes leurs forces Rachel, Joël, Gaby, Emma, José et les autres. Kinshasa Kids est une merveille d’images, un film puissant, émouvant et mélodieux qu’il faut absolument découvrir.

Titre : Kinshasa Kids/ Réalisateur : Marc-Henri Wajnberg/ Pays : France/ Durée : 1h25/ Distribué par Diaphana Distribution/ Sortie le 3 Avril 2013

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