GATSBY, FILM PRESSÉ…

Gatsby

Pas la peine de revenir sur l’extravagance qui caractérise le cinéma de Baz Luhrmann, elle a, en quelques films, allègrement fait la démonstration de sa prétention. Si l’on pouvait encore apprécier la parade romantique et pop de Roméo+Juliette, difficile de digérer le spectacle boursouflé et factice de Moulin Rouge ou Australia. Pourtant l’idée d’un Gatsby paré de mille feux n’était pas pour déplaire. Il faut dire que les précédentes adaptations de The Great Gatsby manquaient terriblement de panache. Déjà en 1926, F. Scott Fitzgerald lui-même avait dit tout le mal qu’il pensait du film d’Herbert Brenon sorti un an après la parution de son roman. Plus tard, en 1949, c’était l’insipide Alan Ladd qui revêtait le costume d’un Gatsby gangster, dans Le prix du silence d’Elliott Nugent. Enfin, la dernière déconvenue vint de Jack Clayton (1974) qui accoucha, malgré l’élégance de Robert Redford, d’un mélo terne et laborieux. Pourquoi alors ne pas se laisser tenter par le clinquant de Baz Luhrmann ? Peut-être saura t-il restituer toute l’intensité du roman de Fitzgerald.

Comme prévu, paillettes, draperies de soie et couleurs glam nous transportent dans l’insouciance des années 20, époque bénie des bootleggers et des jeunes loups de Wall Street. Venu de son Middle West natal, Nick Carraway découvre le faste new-yorkais et sa cadence infernale. Près de chez lui, un mystérieux millionnaire du nom de Jay Gatsby organise des fêtes somptueuses où starlettes et hommes de pouvoir s’étourdissent sous des litres d’alcool. Un monde trouble et fascinant que Nick se plaît à décrire dans son roman…

Sur une bande son bling bling signée Jay-Z, Baz Luhrmann laisse exploser son exubérance visuelle pour le meilleur et pour le pire. Si les décors démesurés et la photographie tape-à-l’œil servent parfaitement la description d’une opulence bourgeoise, on se sent malheureusement très vite rassasiés par cette orgie d’images. Le film va trop vite, ne laissant pas une seule fois le temps au spectateur d’analyser ce qu’il vient de voir. Le problème vient peut-être de ces procédés techniques beaucoup trop apparents… Qu’il s’agisse de l’accélération des mouvements, répondant à l’exigence d’une 3D boulimique, ou l’utilisation excessive des retouches numériques, tout concourt à faire de Gatsby un film en toc. Aucun plan ne dure plus de 3 secondes, donnant l’impression d’un gavage visuel et psychique. Pas étonnant qu’au bout d’une demi-heure on ait déjà la nausée. Pour ne rien arranger, le casting est inégal. Commencer le récit avec l’acteur Tobey Maguire (Nick) et Carey Mulligan (Daisy, la cousine de Nick) n’était sans doute pas une bonne idée. Lui, sans charisme, ni profondeur réussit à décrédibiliser son personnage de narrateur dès le début. Elle, éteinte et pâlotte est loin de faire rêver des années folles. On oubliera Joel Edgerton (le mari de Daisy) qui joue faux, tout simplement. Ne reste alors que Leonardo DiCaprio pour sauver l’affaire. En Gatsby, il est magnifique, mystérieux à souhait, comique quand il le faut, jamais à contretemps. Mais suffit-il à faire aimer ce film bien souvent insupportable ? Trop pressé, Baz Luhrmann ne prend pas le temps de peaufiner les caractères de ses personnages. Si Gatsby est à la fois sombre et solaire, Daisy reste désespérément superficielle et transparente. Quand au contexte social, il est gentiment bâclé. La crise de 29 n’est pas loin et il aurait été de bon ton de jouer du parallèle entre les désillusions amoureuses de nos chers amis et les années sombres qui menacent ce petit monde d’apparat. Sans doute Baz Luhrmann n’a-t-il vu dans son projet qu’un simple spectacle voué à divertir Cannes. 


Titre VO : The Great Gatsby/ Réalisateur : Baz Luhrmann/ Pays : Australie, USA/ Durée : 2h22/ Distribué par Warner Bros/ Sortie le 15 Mai 2013

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