EXPO : COSTA-GAVRAS, CARNETS PHOTOGRAPHIQUES – MEP à Paris (2013)

Costa-Gavras autoportrait

Il saisit un moment d’absence, une complicité dans le regard, un souvenir intime ou des morceaux d’histoire. On le connaissait comme cinéaste engagé (Z, L’Aveu, Missing, Amen et tant d’autres), il se dévoile en photographe amateur et malicieux. Costa-Gavras expose pour la première fois son travail photographique entre carnets de voyages, évènements politiques majeurs, portraits de famille et grandes rencontres. Toujours là au bon moment pour capter le monde en instantané, le cinéaste franco-grec ne se considère pas pour autant photographe. D’ailleurs, dans le texte accompagnant l’exposition,  Serge Toubiana évoque plutôt un photographe par intermittence qui prendrait des clichés par inadvertance. Il y a effectivement quelque chose de l’ordre de l’accident dans ses photos, une sorte de réécriture involontaire des images. Qu’il soit en repérage pour le film Clair de femme, dans un avion avec l’écrivain Jorge Semprún, à Cannes avec le réalisateur Melvin Van Peebles ou au Chili avec Salvador Allende et les indiens Mapuche, Costa-Gavras crée des situations familières et une proximité temporelle. Ces photos qui n’étaient pas destinées à être exposées (et qui n’avaient pas été développées jusqu’à présent) sont l’occasion de jouer sur les points de vue et les interprétations. A Tokyo, Jack Lang (1984) déambule dans un jardin japonais sous le soleil couchant, mais ce que nous voyons c’est un homme seul dans l’immensité d’un paysage ténébreux. Salvador Allende (1971), lui, est saisi à la dérobée entre deux silhouettes, encerclé symboliquement par un halo tragique. On reste figé devant le regard inquiétant de l’essayiste Régis Debray, on sourit en voyant le compositeur Philippe Sarde s’écrouler de fatigue après l’enregistrement de la B.O. de Music box, on s’émeut devant la sérénité d’un portrait de Coline Serreau (1970) particulièrement lumineux. Mais Costa-Gavras est un observateur timide, trop pudique pour revêtir les habits de photographe. Lors d’un enregistrement sonore où il revient sur son rapport à la photographie, il s’éloigne vite de son propre travail pour vanter l’audace de grands noms comme William Klein et Chris Marker. Avec l’un, il a écumé les barricades de Mai 68, avec l’autre il a entretenu une longue et profonde amitié depuis le tournage de L’Aveu où Marker était photographe de plateau. C’est avec émotion et tendresse qu’il évoque son ami disparu il y a un an, un de ceux qui ne s’est jamais laissé prendre au jeu de la société du spectacle. En parcourant les 70 clichés qui composent l’exposition de la Maison Européenne de la Photographie, on découvre que le cinéaste aux multiples combats politiques est aussi un modeste mais sincère photographe.   

 

Exposition Costa-Gavras, carnets photographiques

Du 26 juin au 15 septembre 2013

A la Maison Européenne de la Photographie (Paris)

http://www.mep-fr.org/evenement/costa-gavras/


A voir également à la MEP : la collection de Serge Aboukrat composée d’une belle série de photos de Philippe Halsman

Dali par Philippe Halsman

Marilyn Monroe  HalsmanHitchcock Philippe Halsman

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