GRAND CENTRAL, le film nucléaire qui fait pschitt

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« La peur, la vue brouillée, la tête qui tourne, les jambes qui tremblent, c’est ça la dose » assène Léa Seydoux après avoir embrassé langoureusement Tahar Rahim. La dose c’est la concentration de radioactivité dont s’imprègnent quotidiennement les ouvriers d’une centrale EDF. C’est aussi l’adrénaline qui monte pendant les trois quart du film laissant faussement croire à un objet de désir explosif et sulfureux. Mais comme la dose de came, il y a la chute, ce violent bad trip qui succède à l’euphorie. Au départ, Rebecca Zlotowski semble nous dealer un bon produit. Son histoire d’amour incendiaire sur fond de tragédie sociale a quelque chose d’envoûtant et de magnétique. D’abord, il y a ce mec, Gary (Tahar Rahim), à la fois craintif et sauvage, dont on observe les inquiétantes déambulations dans les couloirs d’un train régional. Un jeu de pickpocket aux accents bressoniens suffira à suggérer ce que fut autrefois la vie du jeune homme. Mais qu’importe, Gary veut se refaire, loin des siens et des sales histoires du passé. Sa rédemption sociale s’opère dans une centrale nucléaire, lieu où il expose son corps à un danger perpétuel, tel un funambule narguant la mort. L’accueil bienveillant que lui réservent Gilles (Olivier Gourmet) et Toni (Denis Ménochet) lui donne provisoirement l’impression d’intégrer une nouvelle famille. Autour de ce petit groupe, gravite une jolie blonde qu’on croirait tout droit sortie d’un thriller des années 80. Entre Gary et Karole (Léa Seydoux), la compagne de Toni, la passion est dévorante comme cette dose invisible qui ronge peu à peu leurs corps. Dans ce jeu d’équilibriste pas toujours évident, Rebecca Zlotowski (réalisatrice d’un premier film prometteur, Belle épine) réussit dans un premier temps à faire monter l’adrénaline. La danse des corps qui se frôlent, la séduction dans les regards, les silences évocateurs traduisent à l’envi le goût de l’interdit qui se déploie au cœur même de la centrale. Les scènes d’amour torrides auxquelles s’adonne le couple adultère, en pleine nature, semblent perpétuellement répondre de manière provocante à une usine qui cristallise autant les frustrations que les batailles d’égo. La tension est telle qu’on image – ou plutôt on espère – l’instant où tout va basculer. Mais le moment de la mise à nue est déceptif : ni explosion, ni confrontation, juste une succession de personnages qui s’évitent au lieu de faire face à sa vérité. C’est là que se dévoilent des faiblesses dans la construction des personnages. Déjà, il y avait quelque chose d’étrange à suspendre le film aux deux rôles secondaires que sont Gilles et Toni. En effet, c’est grâce au personnage d’Olivier Gourmet que le film trouve son rythme. Il est le mentor de Gary, un repère visuel et moral, et, d’un point de vue narratif, le garant d’un équilibre entre l’utopie amoureuse du film et son réalisme social. C’est lui qui donne son énergie à la première partie du récit, tandis que Gary, plus en retrait, se laisse porter par les évènements. Mais bientôt, le personnage va quitter ce rôle d’homme fort et laisser en suspens une mécanique qui aurait pu mener l’histoire vers la révolte. Rebecca Zlotowski vient tout simplement de tuer la partie sociale de son film. Dans la même veine, Denis Ménochet incarne une masse inquiétante et brutale, une menace sur l’amour de Gary et Karole. Toute la tension du film tient à cette peur que procure l’idée de voir l’ogre Tony découvrir la trahison de sa future épouse. On imagine déjà son coup de sang et la violence avec laquelle il vengera l’affront. Mais il n’en sera rien. Tony est un colosse de papier dont les faiblesses et l’impuissance annihilent toute la tension qu’il y avait auparavant dans l’intrigue. Une fois que ces deux piliers s’effondrent, le film ne tient plus. En arrière-plan, le couple formé par Gary et Karole a tout de la mascarade du fait de son manque d’aspérités. Le rôle de Karole a l’air d’une simple ébauche : le portrait d’une fille légère, mélancolique et inconstante, dont on ne sonde jamais les intentions. Quant à Gary, il n’intéresse plus tant sa naïveté a pris le pas sur son mystère. Cette grave absence de caractérisation fait de Grand Central une œuvre finalement bien terne. Entre les ambitions de départ et ce que le film raconte réellement, il y a un fossé terrible que l’esthétique 80 branchée n’arrive évidemment pas à camoufler.

 

Titre : Grand Central/ Réalisateur : Rebecca Zlotowski/ Pays : France/ Durée : 1h34/Ad Vitam/ Sortie le 28 août 2013

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