IMAGINE, le voyage sensoriel d’Andrzej Jakimowski

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A Lisbonne, un institut pour aveugle est le théâtre d’une curieuse expérimentation. Ian, un nouvel enseignant, souffrant lui-même de cécité, tente de familiariser ses élèves à l’écholocation, une technique qui permet de se déplacer uniquement grâce à la résonance des sons. Si le directeur de l’établissement attend de voir les résultats de l’expérience avant de se prononcer, les enfants sont beaucoup plus intrigués par celui qui arrive miraculeusement à marcher sans canne. Dans le même temps, Ian fait la connaissance d’Eva, une jeune et séduisante pensionnaire qui aimerait ne plus être considérée comme une non-voyante.

Pour sa troisième réalisation après Plisse les yeux (2003) et le multi-primé Un conte d’été polonais (2008), le réalisateur Andrzej Jakimowski nous fait vivre une belle expérience sensorielle au cœur de Lisbonne. Son film est un jeu de piste sonore qui trouble nos réflexes visuels et nous offre une autre perception du monde. Du chant des oiseaux, le cinéaste fait un récital sauvage, d’une rue animée une jungle inhospitalière, d’une eau versée dans un verre une périlleuse odyssée. A travers l’apprentissage des enfants non-voyants, le spectateur est invité à regarder plutôt que voir, écouter plutôt qu’entendre et se laisser guider par son imagination. Mais le film d’Andrzej Jakimowski n’est pas qu’un exercice d’immersion dans le monde des aveugles. Imagine est surtout un lieu où se confrontent les peurs et les inhibitions des personnages. Dans l’espace clôt de l’institut, la cécité induit une méfiance naturelle et complexifie les rapports humains. C’est cet aspect qui intéresse le cinéaste quand il soumet son héros au jugement intransigeant des enfants ou à la condescendance de son supérieur. Mais son récit est plus particulièrement centré sur la difficile construction de la relation amoureuse entre Ian et Eva. Entre eux, s’opère un jeu de séduction singulier. Les personnages se tournent autour, s’effleurent, se rapprochent dangereusement, mais ne concrétisent jamais leur histoire comme s’ils n’arrivaient pas à se trouver. Il faut dire que Ian est un personnage trouble. Il côtoie le danger avec une arrogante assurance, raconte de curieuses histoires et manipule parfois ceux qui l’entourent. On ne sait si c’est un beau parleur qui rêve sa vie ou un homme sincère qui tente de réparer des erreurs passées. Jusqu’au bout, il restera un personnage insaisissable que la caméra filme à distance pour maintenir ce doute persistant entre vérité et mensonge. L’acteur britannique Edward Hogg (Anonymous) incarne à la perfection cette ambiguïté face à l’actrice roumaine Alexandra Maria Lara (La chute, Rush). Andrzej Jakimowski met aussi magnifiquement en valeur les enfants sous le soleil radieux de Lisbonne. On retiendra enfin Melchior Derouet (acteur français vu dans Paris, je t’aime) dont le cinéaste se plait à saisir le visage lumineux. Un casting international pour un film léger et délicat qui aurait plus eu sa place dans la programmation estivale qu’en octobre face à certaines grosses cartouches…

Titre : Imagine/ Réalisateur : Andrzej Jakimowski/ Pays : Pologne-Portugal-France-UK/ Durée : 1h42/Distribué par KMBO/ Sortie le 23 Octobre 2013

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