EXPO : PASOLINI ROMA à la Cinémathèque française (Paris)

EXPO PASOLINI ROMA

« Rome par l’artiste italien le plus scandaleux du XXème siècle »… A la lecture de cette accroche, on s’inquiète : n’est-ce pas un peu réducteur de traiter de Pasolini par le prisme du scandale ? Derrière le slogan sulfureux destiné à attirer le chaland, il y a pourtant une passionnante exposition qui revient sur la vie et l’œuvre du réalisateur italien à travers l’évolution urbaine et sociale de Rome. Les six salles que lui consacre la Cinémathèque française balaient 25 ans de carrière entre son premier succès littéraire, Les Ragazzi, ses débuts de dialoguiste et scénariste auprès de la jeune garde du cinéma italien (La fille du fleuve de Mario Soldati, Les nuits de Cabiria de Fellini, Les garçons de Mauro Bolognini, La commare secca de Bertolucci), son premier film à 39 ans, Accatone, chronique dont l’intransigeance en annoncera beaucoup d’autres (Mamma Roma, Théorème et plus tard, Salò ou les 120 journées de Sodome) ou encore ses prises de position radicales contre les soixante-huitards, la bourgeoisie, la télévision. Bien sûr, il y a eu des tragédies et des scandales : l’assassinat de son frère Guido par une milice communiste en 1945, son procès en immoralité après une relation avec quelques jeunes hommes, son exclusion du parti communiste à la suite de cette affaire et son renvoi de l’école où il enseignait. Ces mésaventures le pousseront à quitter le Frioul de son enfance pour Rome avec sa mère en 1950. Installé aux abords de la ville, là où s’entassent les plus pauvres, Pasolini observe le manège des Ragazzi, ces gamins des rues qui vivent de débrouille et de prostitution. Ils lui inspireront son premier roman qui, malgré le succès, ouvrira une nouvelle fois le chapitre du scandale. Le début d’une longue série… Car Rome sera le lieu de ses nombreux procès : La Ricotta (avec Orson Welles), L’évangile selon Saint Matthieu, Théorème ou encore Le Décaméron seront, tour à tour, accusés de blasphème et menacés d’interdiction. Mais Rome est avant tout le lieu des belles rencontres. Pasolini fréquente Sandro Penna, poète homosexuel en qui il se reconnait, les écrivains Alberto Moravia et Elsa Morante avec qui il aura de grands débats littéraires, ainsi que l’actrice Laura Betti qui deviendra sa plus grande amie. C’est également là qu’il connait le grand amour de sa vie, Ninetto Davoli, un fidèle de son cinéma qui finira par le quitter pour une jeune femme. Rome aura été pour Pasolini le théâtre fabuleux de ses errances poétiques et littéraires, de son cinéma sans concession et de son mépris à l’égard d’une société bourgroise à la morale hypocrite. N’était-ce pas lui qui interrogeait sans ambages la sexualité de la population italienne dans un documentaire ?  N’était-ce pas lui encore qui confrontait l’Histoire à la perversion des hommes (dans Salò, son dernier film) ? Rome,  lieu de son art subversif, sera pourtant le témoin de sa fin tragique. C’est non loin de là, sur la plage d’Ostie, qu’il sera mystérieusement assassiné. Reste le souvenir d’une œuvre dense, exigeante et dérangeante. L’exposition est l’occasion d’une exploration originale et intime de son œuvre. Photos, extraits de scénario, archives et autres correspondances témoignent de l’énergie créatrice de celui qui aimait bousculer les codes. Des installations renvoient à la modernité du travail de Pasolini, des objets symboliques replacent son œuvre dans l’Histoire. Un guide n’est pas inutile pour aborder la mise en scène audacieuse de cette riche exposition. Pour mieux cerner cette démarche, il faudra se tourner vers le documentaire d’Alain Bergala qui accompagne l’évènement en faisant témoigner, non sans émotion, ceux qui ont connu l’artiste.

Pasolini Roma, du 16 octobre 2013 au 26 janvier 2014, à la Cinémathèque Française :

http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/pasolini-roma.html

Programme de la rétrospective :

http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/hommages-retrospectives/fiche-cycle/pier-paolo-pasolini,525.html

PASOLINI ROMA Photo 2

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