LOVELACE : PORTRAIT NAÏF DE LA PORNOGRAPHIE

LOVELACE

Linda Lovelace, pauvre petite fille du X, devenue superstar grâce au film Gorge profonde (1974), a autrefois raconté ses malheurs dans une autobiographie rédemptrice. Fallait-il pour autant y consacrer un film, sachant qu’un documentaire s’y était déjà collé (Inside Deep throat) ? On se demande bien ce qui a pu passer par la tête de Rob Epstein et Jeffrey Friedman qui avaient pourtant réalisé Howl, un beau portrait d’Allen Ginsberg avec James Franco. Ici, tout respire la fausseté et la guignolade. On ne peut reprocher à Epstein et Friedman de vouloir raconter l’envers d’un succès pornographique mondial, mais pourquoi le faire comme de bons petits soldats ? En effet, le film adapte, sans sortir du rang, la vie de la starlette tel un téléfilm du dimanche après-midi labellisé « histoire vraie ». Ne ressort de cette entreprise qu’un récit naïf à la structure mécanique et vieillotte. Dans la première partie, la jeune fille prude et réservée quitte un cocon familial oppressant pour s’installer avec un beau parleur aux évidentes arrières pensées. S’en suivent un mariage et une entrée dans le porno pour éponger les dettes du vilain mari. Voilà donc Gorge profonde, film qui révèlera le talent buccal de la demoiselle et lui ouvrira les portes du succès. Le conte de fée est d’ailleurs ponctué de soirées mondaines où l’on croise de vraies stars, comme Sammy Davis Jr, qui l’accueillent en grande pompe. Elle, dans sa robe blanche transparente, a l’air d’une petite fille installée dans sa maison de poupée. Dans cet épisode rose bonbon, les cinéastes exploitent à loisir la naïveté de leur personnage : regard en amande innocent (Amanda Seyfried et ses yeux de merlan frit) et moue de bébé entourent de leur symbolique des actes sexuels exécutés à la chaîne. Mais après ce traitement lénifiant, les deux réalisateurs se croient obligés de rejouer les scènes déjà vues sous l’angle du cauchemar : le cynisme des producteurs négociant à prix d’or la chair féminine, le mari qui violente sa femme pour qu’elle vende son corps, l’argent honteusement dilapidé… Oh là là, qu’est-ce qu’ils sont méchants dans l’industrie du X, on ne s’en doutait pas (!!!). Tout ça, c’est la faute de maman qui, un jour de détresse, a dit à sa fille qu’il fallait se soumettre aveuglément à son mari. Si le propos de l’actrice à l’époque était prodigieusement crétin, rien ne justifiait pour autant un traitement aussi bête. Ainsi, on ne se remet pas de ce plan interminable et culpabilisant où le père et la mère (Sharon Stone) découvrent, hébétés, l’histoire tragique racontée par leur fille à la télévision. A elle seule, cette scène résume l’erreur faite par les deux cinéastes : moraliser à tout prix le film pour être au plus près d’une histoire qui finalement n’intéresse personne.  

Titre : Lovelace/ Réalisateur : Rob Epstein & Jeffrey Friedman/ Pays : USA/ Distribué par Hélios Films/ Durée : 1h33/ Sortie le 8 Janvier 2014

Publicités