ROMÉO ET JULIETTE au Théâtre de la Porte Saint-Martin (Paris)

ROMEO ET JULIETTE Théâtre

Entre costumes trois pièces et robes 50’s, cette libre adaptation de Roméo et Juliette a des allures de film noir et de Dolce Vita. D’ailleurs, tout dans la mise en scène de Nicolas Briançon, confère à l’écriture cinématographique : son décor mouvant, imitant la fluidité d’une caméra et reflétant la légèreté des sentiments ; sa lumière, tamisée par des persiennes, renvoyant à l’ambiance crépusculaire des polars américains ; et surtout, ses personnages hantés par des images familières de cinéma. Ainsi, comment ne pas penser aux mamas généreuses des films de Fellini, devant la gouaille d’une nourrice aux constantes facéties (Valérie Mairesse) ? Comment ne pas voir, chez les patriarches des familles Capulet et Montaigu, des airs de parrains siciliens condamnés à une tragédie Viscontienne ? Chez Pâris (Mas Belsito), le rival de Roméo au regard perçant, on décèle une âme de gangster, une sorte de Paul Muni échappé d’un film de Hawks. Quant à Mercutio (Dimitri Storoge) et sa bande de cabotins, qui s’étourdissent dans des beuveries nocturnes, ils rappellent sans cesse les pitreries des Vitelloni, autres héros felliniens. Roméo et Juliette, eux, semblent en perpétuel décalage, étrangers à l’euphorie des fêtes véronaises, bien loin de ce jeu de masques où chacun joue à être un autre. C’est dans cet amour, béat et mélancolique, réduit à sa plus simple expression, que l’on retrouve toute l’authenticité de Shakespeare. Ana Girardot (vue au cinéma dans Simon Werner a disparu et Cloclo) apporte sa fraîcheur et sa spontanéité à l’insouciante Juliette, tandis que Niels Schneider (vu notamment dans Les amours imaginaires de Xavier Dolan) donne au spleen de Roméo une beauté singulière. Avec son visage raphaélique et son regard halluciné, l’acteur ressemble aux figures grecques esquissées autrefois par Jean Cocteau. Cela tombe bien : lui aussi, avait mis en scène Roméo et Juliette, en 1924. Aujourd’hui, une nouvelle génération incarne le couple mythique, attirant une horde d’ados aussi hystériques que pour un concert des 1D . Heureusement, quand les lumières s’éteignent et que le rideau se lève, un silence quasi religieux emplit la salle, ne laissant émerger que la poésie du texte.  

ROMÉO ET JULIETTE au théâtre de la Porte Saint-Martin, du 28 janvier au 29 avril 2014

Une pièce de William Shakespeare, mise en scène par Nicolas Briançon. Durée : 2h15

http://www.portestmartin.com/spectacle/piece/romeo-et-juliette

Publicités