DANCING IN JAFFA : danse d’espoir

DANCING IN JAFFA Affiche

A Jaffa, on peut se sentir un peu perdu, submergé par un lieu qui cristallise à lui seul des décennies de conflits israélo-palestiniens. C’est là, dans cette ancienne cité arabe située au sud de Tel-Aviv, qu’est né Pierre Dulaine, un danseur de salon à la prodigieuse carrière. Avec ses parents (une mère israélienne et un père irlandais), il a dû quitter Jaffa dans la douleur, alors que se créait en 1948 l’Etat d’Israël. Installé aux Etats-Unis depuis 1972, Pierre Dulaine a développé dès 1994 un programme permettant à des enfants de découvrir pendant dix semaines la danse de salon. Réunissant d’abord 200 écoles newyorkaises, le projet s’est étendu à plusieurs pays comme le Canada, la Suisse ou la Jordanie. Alors qu’il n’avait jamais revu Jaffa, Pierre Dulaine revient dans la ville de son enfance pour faire danser des enfants israéliens et palestiniens. Le documentaire suit cette belle aventure dans toutes ses étapes, heureuses ou plus difficiles, révélant en arrière-plan la complexité des rapports entre les deux communautés. La construction du récit, un peu confuse au début, traduit bien l’émotion et la tension qui règne à Jaffa. Pierre Dulaine, personnage haut en couleurs, mais un peu déboussolé par ses souvenirs et les premiers problèmes rencontrés avec les élèves, donne au film un rythme assez instable. D’ailleurs, ses allers-retours continuels entre les différentes écoles ont tendance à renforcer la confusion. 

Dancing in Jaffa  photo

 Alaa et Lois, deux danseurs nés !

Il faudra attendre l’arrivée d’Yvonne Marceau, la fidèle partenaire du danseur, pour ressentir un peu d’apaisement et l’épanouissement progressif des élèves. Chez ces gamins qui n’osent même pas toucher la main de l’Autre, cet adversaire invisible, il y a toute l’expression d’un conflit communautaire qui les dépasse et qu’ils ont souvent du mal à gérer. Le documentaire devient véritablement passionnant quand il ne s’intéresse plus qu’à quelques enfants : Lois, petite fille juive n’ayant jamais eu de père, Alaa un musulman venu des quartiers pauvres de Jaffa ou encore Noor, jeune israelo-palestienne pleine de colère envers le monde. C’est pour cette dernière que l’on se prend d’affection, pour sa fragilité qu’elle cache derrière un tempérament agressif, pour sa personnalité à fleur de peau qui dit tout de la nébuleuse Jaffa. Le moment le plus fascinant du film est sans doute quand la réalisatrice Hilla Medalia la filme au cœur d’une manifestation palestinienne, terrifiée par le sombre spectacle offert par les adultes. On comprend mieux d’où lui vient cette rage dont l’école est le principal théâtre. Il est plaisant de la voir évoluer, se métamorphoser et s’ouvrir aux autres grâce à la danse. Le pouvoir du documentaire réside dans ces moments touchants où on laisse les enfants mener le bal et donner une belle leçon de tolérance à leurs parents.


Titre VO : Dancing in Jaffa/ Réalisateur : Hilla Medalia/ Pays : Israël-USA/ Distribué par Pretty Pictures/Durée : 1h24/Sortie le 2 Avril 2014

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