EXPO : GREAT BLACK MUSIC à la Cité de la musique (Paris)

GREAT BLACK MUSIC affiche

 

Le risque avec ce genre d’exposition, oblitérée pompeusement d’une mention « black », c’est d’y mettre tout et n’importe quoi sous prétexte de rendre hommage à une culture noire qui, dans l’imaginaire collectif, se résume aux coupes afro, au rythme dans la peau et aux tissus ethniques. Ambitionnant d’explorer la richesse des musiques dites « noires », Great Black Music commençait très mal son approche en brandissant, tel un bon élève, une liste de 21 noms censés être les figures emblématiques du genre. Miles Davis, Kassav’, Franco Luambo, Michael Jackson… Les artistes sont cités en vrac sans vraiment de cohérence. On s’étonne de ne pas trouver de grands noms comme Gil Scott-Heron, Marvin Gaye ou Curtis Mayfield dont les rôles dans l’histoire musicale sont indéniables. Mais qu’importe car le visiteur s’embarque, sans le savoir, dans un parcours confus dont le dispositif interactif est le reflet saisissant : chaque artiste fait l’objet d’un reportage biographique d’environ 5 minutes diffusé sur des bornes numérotées (1. Fela, 2.Bob Marley, 3.Miles Davis…) que l’on doit écouter à l’aide d’un smartphone prêté par le musée. Le problème est que la salle est toute petite et qu’à plus de 4 personnes autour d’une borne, le visionnage des sujets devient très compliqué et surtout très long… A vitesse normale et sans trop de monde, il faut bien compter 1h45 dans une petite pièce qui devient vite infernale quand des groupes scolaires ou de touristes l’investissent. Cette durée, bien sûr, n’est valable que si le sujet suivant se déclenche juste après la fin du sujet de la borne précédente, ce qui n’est pas toujours le cas… La bonne idée de l’exposition réside plutôt dans la possibilité de mettre les chansons écoutées en favoris sur le smartphone et de pouvoir en retrouver les références dans un espace personnel accessible via votre adresse email. Une fonction qui sera bien utile dans la deuxième salle qui recèle un certain nombre de raretés.

Plan

La deuxième salle, justement, est consacrée aux multiples courants musicaux africains et répartie sur cinq zones géographiques : Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique Centrale, Afrique de l’Est et Afrique Australe. C’est sans doute la partie la plus passionnante de l’exposition car elle propose un véritable voyage chronologique et social des musiques du continent noir. Rumba, makossa, raï, haouzi, rituels de transes ou chants de révolte se dévoilent sur cinq écrans à travers de très beaux sujets sur l’évolution des traditions musicales et la diversité des instruments. Riches en images d’archives, ces reportages nous font vivre une belle expérience visuelle et sonore. Dommage que la salle soit aussi peu accueillante : cinq pauvres tabourets placés à un mètre de l’écran ne suffisent évidemment pas pour recevoir la vague de visiteurs tentant d’échapper à la cohue de la première salle. Résultat, des gens debout ou par terre, assis ou allongés à même le sol pendant presque 2h30 (il y a 3 sujets allant de 7 à 10 minutes, sur chacun des 5 écrans). On se demande vraiment pourquoi personne n’a pensé à installer des poufs et des grands coussins pour rendre l’espace plus confortable et plus convivial. Si vous avez le malheur (au bout d’une heure passée debout ou à croiser les jambes) de tenter de vous assoir sur l’un des tabourets libres, vous êtes immédiatement rabroués par les autres visiteurs car vous leur bouchez la vue…

Great Black Music 1

La frise chronologique : une respiration après la jungle des premières salles (Photo L’EMPIRE DES IMAGES)

Cette exaspérante organisation trouve son épilogue dans les salles suivantes qui sont miraculeusement vides. On y trouve pêle-mêle un espace dédié à des instruments à corde originaux (espace ludique parfait pour les enfants), une salle consacrée aux rites religieux (trop conceptuelle pour intéresser les visiteurs qui n’y restent pas plus d’une minute) et un long couloir avec une frise chronologique croisant faits historiques et évènements artistiques majeurs. Cette partie est indispensable car elle renvoie à la fois aux luttes qui ont jalonné l’histoire des peuples noirs et aux différents courants idéologiques qui se sont développés au fil des siècles à travers les différents continents. Pour accompagner la pensée de Marcus Garvey, Martin Luther King ou Cheick Anta Diop, le jazz de Charles Mingus ou le rap de Public Enemy rivalisent de leurs notes rageuses pour nous faire revivre cette « révolution noire ». Un accompagnement musical parfait que je vous conseille de garder en écoute quand vous descendrez au sous-sol pour la suite de l’exposition.

Great Black Music 2

 (Photo L’EMPIRE DES IMAGES)

Là, alors que « Louisiana 1927 » de John Boutté joue sa dernière partition, vous découvrirez une superbe série de photos tirée du livre de Lewis Watts et Eric Porter «New Orleans suite ». Dans le quartier de Treme, qu’avait remarquablement exploré David Simon dans la série du même nom, l’atmosphère à la fois festive et apocalyptique post-Katrina vous saisit à chaque image par un noir et blanc crépusculaire. C’est une belle entrée en matière pour aborder les « Amériques noires », thème d’une avant-dernière salle particulièrement originale. Beaucoup plus spacieuse que les précédentes pièces, cette salle permet de souffler après les longues heures passées dans la foule (si vous avez eu, bien sûr, la patience de tout voir). Dans une ambiance tamisée, des tuyaux orange fluo et des lumières phosphorescentes servent de support à des écrans consacrés à des sujets comme les Black Minstrels (des artistes blancs grimés de manière caricaturale en noirs), la soul, le jazz, le rhythm & blues, les musiques latines noires et les musiques caribéennes. C’est un beau panorama du continent américain et des Antilles qui se conclut avec une salle d’activités. Après des petits reportages sur le rap et le reggae (que je n’ai pas pu écouter carla batterie du smartphone m’a lâchée et que je n’ai pas eu le courage de remonter pour en redemander une), trois espaces vous permettent de vous immerger dans l’univers du hip-hop, du disco et de la salsa. Au programme : cours de danse en vidéo, essai de perruques et bombe de graffiti virtuelle vous permettront de conclure sur une touche de bonne humeur cette exposition un peu harassante.

Great Black Music 3

Mon tag à l’atelier Hip-Hop (Photos L’EMPIRE DES IMAGES)

Alors, on y va ou on n’y va pas ?

Oui, on y va ! Mais pas aux heures de pointe et en prévoyant assez de temps pour tout voir (pour info : j’y ai consacré mon vendredi après-midi). Le point fort de Great Black Music est avant tout la contextualisation des différents mouvements musicaux et l’exploration des diversités locales. L’autre bon point concerne « Mon expo », un espace virtuel permettant de prolonger l’expérience musicale en retrouvant toutes les références ajoutées aux favoris (à noter que l’on ne peut pas ajouter les musiques de la frise chronologique à notre playlist). En revanche, c’est l’aspect pratique de l’évènement qui est à revoir. L’interactivité du « smartguide » a tendance à créer des embouteillages dans les deux premières salles, ce qui peut être un peu décourageant. Le fil conducteur de l’exposition (le voyage musical et géographique) est intéressant mais l’organisation des salles manque parfois de cohérence. Pourquoi une première salle autour de 21 artistes ? Comment a-t-elle été déterminée ? Pourquoi ne pas disperser les bornes de chaque artiste tout le long de l’exposition ? Etant donné que l’espace a été conçu pour picorer des informations ici et là, l’éclatement des deux premières salles en plusieurs n’aurait pas été inutile. On ressort tout de même très satisfait de cette exposition car Great Black Music célèbre avec passion le métissage musical.

Exposition GREAT BLACK MUSIC à la Cité de la musique à Paris, jusqu’au 24 août 2014.

http://www.greatblackmusic.fr/

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