RETOUR SUR LE MARCHÉ DU FILM CLASSIQUE 2016

Marché du film © L'EMPIRE DES IMAGES

Marché du film © L’EMPIRE DES IMAGES

Pendant que les cinéphiles venus de toutes parts, parmi lesquels Bertrand Tavernier et Quentin Tarantino, écumaient les projections de belles pépites restaurées au festival Lumière de Lyon, le marché du film classique (MFC), qui se tenait du 12 au 14 octobre, a été l’occasion de confirmer le bel enthousiasme suscité depuis plusieurs années par le cinéma de patrimoine. Distributeurs, exploitants, diffuseurs, laboratoires et dirigeants de cinémathèques étaient venus nombreux échanger autour des différents enjeux de la conservation et de l’exploitation des films. Ces trois jours ont été l’occasion d’un riche partage d’expérience et d’une kyrielle d’annonces de restauration qui ferait exploser le cœur de n’importe quel chasseur de films qui se respecte. En chiffres, le cinéma de patrimoine c’est 124 films ressortis en salles en 2014, 140 en 2015 et des reprises pouvant parfois aller au delà des 20 000 entrées. Ainsi, en 2015, Blade Runner (1982) de Ridley Scott (Warner) a fini sa course à 26 895 entrées, prenant la tête du top 50 des films de patrimoine, édité par Le Film Français. En deuxième et troisième position de ce classement, on trouve Sorcerer (1977) de William Friedkin (Bac Films) resté longtemps invisible et dont la restauration a fait l’évènement, avec 15 971 entrées, et Le Troisième homme (1949) de Carol Reed (Studiocanal) avec 14 742 entrées, célébrant avec d’autres titres le centenaire d’Orson Welles. Bien sûr, ces chiffres sont bien loin des performances des films de premières exploitations (les films récents) mais montrent un intérêt particulier du public pour l’expérience du cinéma classique sur grand écran. Si les cinéphiles sont principalement intéressés par les reprises de films cultes ou portés par des grands noms du cinéma, ils s’intéressent également aux films plus rares pourvu qu’ils soient proposés dans de belles copies. Ainsi, des films comme A Touch of Zen (1971) du réalisateur chinois King Hu, distribué par Carlotta, Joe Hill (1971) du Suédois Bo Widerberg, ressorti par Malavida, ou encore The Rose de Mark Rydell, repris chez Lost Films ont su attirer les curieux. Mais ce regain d’intérêt pour le cinéma de patrimoine, dont l’économie reste fragile, ne peut se faire sans une stratégie marketing adaptée et le soutien de la presse.

MARKETING ET COMMUNICATION

Lors d’une table ronde consacrée à la promotion et à la communication des films, Anne-Laure Brénéol, co-fondatrice de la société Malavida et directrice du pôle cinéma, a évoqué les moyens utilisés pour créer l’évènement autour des œuvres de son catalogue. Cette petite société, créée en 2003, s’est spécialisée dans la réédition de titres tchèques, slovaques, hongrois, suédois ou encore polonais des années 60 et 70. On peut y trouver par exemple, L’As de pique (1963), le premier film de Milos Forman, Le départ (1967), film survolté de Jerzy Skolimowski avec Jean-Pierre Léaud, mais aussi Les lèvres rouges (1971), petit bijou du cinéma fantastique réalisé par le Belge Harry Kümel, avec Delphine Seyrig. Pour faire connaître les petites raretés de son catalogue, Malavida porte une attention toute particulière à chaque sortie avec une identité graphique très marquée pour les affiches, des dossiers pédagogiques pour accompagner la réédition de films destinés au jeune public et des séances évènementielles adaptées à la capacité des salles. Ainsi, pour la sortie prochaine en salles des Alice Comedies (1924-1926), une série de quatre films rares de Walt Disney, dont la restauration a été supervisée conjointement par l’institut néerlandais Eye Filmmuseum et Malavida, le distributeur proposera des ciné-concerts mais aussi une bande-son originale pour les exploitants ne pouvant accueillir ce type de manifestation. L’évènement autour d’un film et son relais dans la presse se crée également par le soutien de personnalités comme lorsque Olivier Assayas est venu, en janvier dernier, présenter Joe Hill de Bo Widerberg au Louxor, à Paris.

Victoire Thévenin (MK2), Anne-Laure Brénéol (Malavida) et le modérateur Anthony Bobeau. © L'EMPIRE DES IMAGES

Victoire Thévenin (MK2), Anne-Laure Brénéol (Malavida) et le modérateur Anthony Bobeau. © L’EMPIRE DES IMAGES

Pour chaque film, il faut adopter un plan promotionnel particulier et jouer d’ingéniosité pour attirer de nouvelles générations de cinéphiles. Victoire Thévenin, responsable du patrimoine chez MK2, a abordé le cas du Décalogue de Krzysztof Kieslowski (1988). Ressortie le 29 juin 2016 en salles, cette œuvre hors norme composée de 10 films de 60 minutes et restaurée en 2K, a bénéficié d’un budget communication exceptionnel (45 000€, équivalent à celui d’un film récent) et d’un plan de programmation adapté. Les salles MK2 ont ainsi diffusé deux films par jour et l’intégralité des épisodes le week-end. Les séances étaient accompagnées d’un cycle de conférences animées par des philosophes, des sociologues et des écrivains grâce à un partenariat avec France Culture et Philosophie Magazine. L’ambition de MK2 était à la fois d’élargir sa cible en faisant connaître Kieslowski à un public plus jeune, via les universités par exemple, mais aussi d’ancrer l’œuvre dans le monde d’aujourd’hui. Pour sa communication, MK2 a été épaulée par l’agence Mercredi et a noué des partenariats notamment avec Sens Critique et les chaînes Ciné +. Sur la page Facebook de MK2, des devinettes sous formes de gifs ont été postées pour créer l’attente avant la sortie. Selon Victoire Thévenin, la publication de la bande-annonce du Décalogue a été l’un des meilleurs posts de la page avec 30 000 vues (mais elle a relativisé ce chiffre en précisant que la vidéo se lançait automatiquement). Le bilan de cette campagne a été plutôt positif, le film oscillant entre 18 000 et 19 000 entrées à ce jour. Mais l’élargissement de la cible est resté assez limité. En effet, d’après Victoire Thévenin, le public qui est allé voir Le Décalogue était plutôt celui qui allait déjà voir Trois couleurs dans les années 90 – même si MK2 manque de données pour analyser plus en détail le public fréquentant ses salles. Et l’exploitation du Décalogue n’est pas terminée : en septembre 2016, Criterion l’a ressorti dans 5 salles aux Etats-Unis.

MAINTENIR L’EXPÉRIENCE DE LA SALLE

Pour faire revivre les œuvres de patrimoine, le retour vers la salle est, pour certains, devenu une évidence. Ariane Toscan du Plantier, directrice de la communication et du patrimoine chez Gaumont, est revenue sur le virage pris par la firme à la marguerite. Alors que la société avait choisi de se tourner principalement vers l’édition DVD pour ses films classiques, elle a décidé, après l’engouement suscité par l’exposition célébrant les 120 ans de Gaumont, au 104 à Paris, de mener une réelle politique de ressortie en salles. L’idée est « de faire voyager les films et de ne plus dormir sur son catalogue ». Parmi les 1000 titres faisant partie de l’escarcelle Gaumont, on trouve des incontournables comme Les Tontons flingueurs (1963) de Georges Lautner, qui a fait l’objet récemment d’une campagne de crowdfunding chez Celluloid Angels pour une restauration 4K. La mobilisation exceptionnelle du public pour ce financement (l’objectif de Celluloid Angels a été atteint à 138%, soit 61 891€ sur les 45 000€ démandés) a incité Gaumont à prévoir prochainement une ressortie en salle. Mais Ariane Toscan du Plantier a rappelé à quel point il était difficile d’attirer la presse vers les films de patrimoine. Une difficulté confirmée par Thomas Baurez, journaliste pour le magazine mensuel Studio Ciné Live. Pour lui, ceci s’explique à la fois par la place importante prise par les films récents mais également parce que les journalistes, parfois informés trop tard de la ressortie de certains titres, ratent l’actualité de leur exploitation. Si Studio Ciné Live consacre 5 pages par mois au cinéma de patrimoine, Thomas Baurez a évoqué le rapport compliqué qu’il existe avec certains attachés de presse qui aimeraient voir les films sortir des pages « films classiques » maintenant les films dans une image vieillotte. Mais pour que les ressorties soient traitées autrement il faut que des grands noms viennent les défendre comme lorsque Nicolas Winding Refn est venu présenter La planète des vampires (1965) de Mario Bava, cette année à Cannes Classics, ou quand Quentin Tarantino fait une masterclass au festival Lumière pour parler du cinéma des années 70. En bref, il faut un angle différent et un ancrage plus contemporain pour ces films. Et on le sait, un focus sur une œuvre restaurée peut avoir un impact non négligeable : selon Ariane Toscan du Plantier, Plein feu sur l’assassin de Georges Franju est devenu l’un des meilleurs succès VOD du catalogue patrimoine Gaumont, après plusieurs articles annonçant sa sortie vidéo. Selon Thomas Baurez, ce que les médias apprécient avant tout, c’est l’accès à un nouveau matériel tel que des bandes-annonces remasterisées, un montage plus actuel effectué par le distributeur et un nouveau dossier de presse. Mais le journaliste a aussi partagé son étonnement de voir certains confrères se désintéresser des films de patrimoine. Ariane Toscan du Plantier a, par la suite, souligné l’importance de « rajeunir » ce cinéma et de créer l’évènement en réunissant les équipes de films tant que les personnalités sont encore vivantes : « Il faut profiter de leurs lumières et de leur mémoire ». Elle a conclu cet échange en rappelant la nécessité de transmettre le cinéma d’une génération à l’autre.

CRÉER DES ÉVÈNEMENTS

Dans cette démarche de transmission, Jean-Fabrice Janaudy, qui cumule les casquettes d’exploitant du cinéma Le Vincennes, de programmateur pour le Max Linder à Paris et de distributeur chez Les Acacias, a parlé de sa manière de communiquer auprès de ses différents publics et des évènements adaptés selon les salles. Par exemple, pour Le Vincennes, salle qui accueille un public familial et CSP+, l’exploitant a développé un modèle de programmation régulière : un ciné-club tous les lundis soirs à 20h30 avec la même intervenante. L’idée est d’entretenir un lien privilégié avec les spectateurs. Et la communication est adaptée à ce public fidèle : la programmation à venir est diffusée à l’écran sur un panneau fixe, entre les bandes-annonces et les publicités. Une méthode plus efficace que les dépliants papier. Au Max Linder, où le public est jeune, cinéphile et particulièrement intéressé par le cinéma de genre, la communication est plus tournée vers le digital : Facebook, Twitter et relais des évènements par Agence Tous Geeks de David Oghia. Ce dernier, initiateur des « Nuits au Max » avec Jean-Fabrice Janaudy, a organisé entre autres une nuit Evil Dead, Retour vers le futur ou encore une spéciale comédies musicales d’horreur pour Halloween.

Mais l’évènement autour du cinéma de patrimoine peut se créer également hors de la salle, comme l’ont souligné Gilles Sebbah et Pierre Olivier de TF1 Studio. Pour eux, il n’est pas question de s’enfermer dans une sacralisation de la salle de cinéma, d’autant que les désirs des cinéphiles sont difficiles à cerner. « On ne sait pas vraiment où est la cinéphilie. On manque de visibilité, d’études et de feedback » a expliqué Gilles Sebbah, ajoutant « si un enfant veut voir du film de patrimoine sur son téléphone, il faut l’aider à le voir ». Chez TF1 Studio, on insiste sur la nécessité d’utiliser différents moyens pour transmettre le cinéma. Diffusion TV, VOD et salles doivent être complémentaires. Gilles Sebbah a d’ailleurs précisé, concernant le cinéma en général, ne pas être contre des sorties simultanées. Concernant le cinéma de patrimoine, TF1 Studio valorise son catalogue grâce à des éditions DVD collectors destinées à ceux qui aiment les beaux objets. Sont ainsi sortis sous la bannière « Héritage », collection lancée en décembre 2015, les versions restaurées de Carrosse d’or (1953) de Jean Renoir, Panique (1947) de Julien Duvivier et, plus récemment, Garde à vue (1981) et Mortelle Randonnée (1983, en version longue) de Claude Miller. Avec ces éditions composées d’un combo DVD/Blu Ray et d’un livre d’accompagnement, TF1 Studio veut mettre l’accent sur l’éditorialisation de ses produits. Toujours dans l’idée de créer l’évènement, l’éditeur vidéo prévoit la sortie de grands coffrets (prochainement un coffret Pedro Almodovar avec 18 films).

Kevin Lambert (Arrow Films - UK), Pierre Olivier et Gilles Sebbah (TF1 STUDIO) et le modérateur tenant le coffret Almodovar © L'EMPIRE DES IMAGES

Kevin Lambert (Arrow Films – UK), Pierre Olivier et Gilles Sebbah (TF1 STUDIO) et le modérateur tenant le coffret Almodovar © L’EMPIRE DES IMAGES

UN LINE-UP ALLÉCHANT

L’un des moments incontournables du marché du film classique fut la présentation des line-up des distributeurs où l’on a eu droit à une véritable avalanche de bonnes nouvelles. Ainsi, LCJ Editions a annoncé la sortie Blu Ray de La Pirate (1983) de Jacques Doillon, film rare désormais restauré en 4K. L’éditeur a également prévu quelques autres pépites : Piaf (1974) de Guy Casaril (resté très longtemps introuvable), La femme de ma vie (1986) de Régis Wargnier, L’homme sur les quais (1992) de Raoul Peck ou encore La Classe de neige  (1998) de Claude Miller. LCJ est aussi l’éditeur de Les Assassins de l’ordre (1971) de Marcel Carné, film avec Jacques Brel, présenté dans une très belle copie restaurée au festival Lumière.

Chez Sidonis, distributeur vidéo qui détient l’un des catalogues de westerns les plus importants avec 200 titres, viennent de sortir des coffrets dédiés aux acteurs Randolph Scott et Audie Murphy. Parmi les prochaines sorties de l’éditeur, il y aura les Blu Ray de Geronimo (1993) de Walter Hill et du film d’aventure Les Drakkars (1964) de Jack Cardiff (dont les quelques images présentées laissent présager d’une superbe copie). Mais Sidonis est aussi éditeur de films noirs. Récemment, sont sortis Allô, brigade spéciale (1962) de Blake Edwards, Lutte sans merci (1962) de Philip Leaccok et, en octobre, La Ronde du crime (1958) de Don Siegel.

Le distributeur Carlotta a, de son côté, fait plusieurs annonces de ressorties en salles : le 16 novembre, Manille (1975) du réalisateur philippin Lino Brocka, restauré en 2K (après la reprise du très beau Insiang (1976) il y a quelques mois) ; le 23 novembre, La Colline a des yeux (1977) de Wes Craven ; en décembre, Cris et chuchotements (1972) d’Ingmar Bergman dans une version restaurée inédite ; puis 2017 accueillera la deuxième partie de la rétrospective Kurosawa couvrant la période 1944-1965. Enfin, durant l’été, Luis Buñuel sera à l’honneur avec la ressorties de 7 films parmi lesquels Le Charme discret de la bourgeoisie (1972) et Cet obscur objet du désir (1977).

Placé sous le signe de l’Europe, le programme de sorties de Tamasa est tout aussi alléchant avec, notamment plusieurs titres italiens : Il posto (1961) et Les fiancés (1963) d’Ermanno Olmi, Misère et noblesse (1954) de Mario Mattoli et Détenu en attente de jugement (1971) de Nanni Loy. Ont été également annoncés : La fille en noir (1956) du réalisateur grec Michael Cacoyannis, Vivre vite ! (1981) de l’Espagnol Carlos Saura, Un mari presque fidèle (1955) du cinéaste britannique Sidney Gilliat, mais aussi LA pépite de Tamasa selon son directeur Philippe Chevassu : Mandy (1952) de l’Anglais Alexander Mackendrick. Il faudra également surveiller la sortie en 2017 de deux coffrets évènements : l’un consacré au réalisateur espagnol Luis Garcia Berlanga et l’autre à René Clément. Philippe Chevassu a aussi évoqué la 3ème édition de « Play it again », festival proposant des classiques en version restaurée sur grand écran, à partir du 5 avril 2017 dans plusieurs villes.

Au programme de la société Malavida, il y aura aussi pas mal d’évènements à suivre. Outre la sortie de trois films d’Uri Zohar, figure du cinéma israélien des années 60-70, en salles depuis le 26 octobre (Trois jours et un enfant (1967), Les voyeurs (1972), Les yeux plus gros que le ventre (1974)), le distributeur a annoncé pour le 16 novembre la reprise de Eclairage intime (1965) du cinéaste tchèque Ivan Passer, dont le film Cutter’s way (1982) était ressorti chez Carlotta en 2014. En décembre 2016, suivront les films Alice Comedies (1924-1926) de Walt Disney et en février 2017, la suite des courts-métrages d’animation Ferda la fourmi (après le succès de la première partie sortie en février 2016). Le personnage mis en scène par la réalisatrice tchèque Hermina Tyrlova, fera l’évènement avec l’édition en français des livres du même nom. En 2017, sortiront aussi quatre films de Derek Jarman, grand nom du cinéma underground britannique : Sebastiane (1976), Jubilee (1977), La Tempête (1979) et The Last of England (1988).

De belles sorties sont également prévues chez Gaumont avec, en décembre 2016, les films Rendez-vous de juillet (1949) de Jacques Becker et Carnet de bal (1937) de Julien Duvivier. En 2017, ressortiront aussi dans des copies restaurées : la version sonore de J’accuse (1938) d’Abel Gance, Un condamné à mort s’est échappé (1956) de Robert Bresson, Madame de… (1953) de Max Ophüls, La passion de Jeanne d’Arc (1927) de Carl Dreyer, Les amants de Montparnasse (1958) de Jacques Becker. Ariane Toscan du Plantier a, par ailleurs, annoncé la restauration en 4K des quatre films de Jean Vigo. L’Atalante ressortira en salles dans la foulée.

Parmi les autres annonces, il faut retenir chez Pathé, la sortie en Blu ray, le 7 décembre, de Tchao Pantin (1983) de Claude Berri et Les Portes de la nuit (1946) de Marcel Carné, et prochainement un cycle Julien Duvivier avec entre autres La fête à Henriette (1952) et Marie Octobre (1958). Après la reprise de Missing (1982) de Costa-Gavras le 26 octobre, Splendor Films ressortira Boulevard du crépuscule (1950) de Billy Wilder, restauré en 4K, le 9 novembre. Courant 2017, sortiront également en salles Police fédérale Los Angeles (1985) de William Friedkin (le 4 janvier), le film d’animation Brisby et le secret de Nimh (1982) de Don Bluth (le 25 janvier), Love Streams (1983) de John Cassavetes, Les fiancés en folie (1925) de Buster Keaton, en ciné-concert. La société Les Acacias qui vient de sortir Il Boom (1963) de Vittorio De Sica (le 2 novembre), prévoit la reprise de quatre films de Mikio Naruse le 21 décembre. Au 1er semestre 2017, le distributeur sortira Le diabolique docteur Mabuse (1932) de Fritz Lang et en novembre 2017, plusieurs films dans le cadre de la rétrospective Henri-Georges Clouzot dont Les espions (1957), La prisonnière (1968), Les diaboliques (1955), L’assassin habite au 21 (1942) et Le mystère Picasso (1956) en association avec Gaumont. Repris par Lobster films, suite à la mort de son directeur Jean-Marie Rodon, le Théâtre du Temple, représenté par Vincent Dupré a pour prochaine actualité la sortie en salles de Freaks (1932) de Tod Browning, le 23 novembre, puis de deux films de Fritz Lang, House by the river (1950) et Les bourreaux meurent aussi (1943) et Le bel Antonio (1960) de Mauro Bolognini au printemps.

DES LABORATOIRES MIS À L’HONNEUR

Le MFC fut aussi l’occasion de mettre à l’honneur le travail prodigieux des laboratoires. Ainsi l’équipe de Titra Film a présenté ses minutieux travaux de restauration sur La Pirate de Jacques Doillon, qui comportait à la fois des rayures, de la poussière, des déchirures et des poinçons. Le laboratoire a également procédé à un étalonnage avec l’aide du chef opérateur du film, Bruno Nuytten. Les images projetées ont donné un bel aperçu de l’ambition de Titra film qui souhaite offrir aux spectateurs une expérience proche de celle vécue par ceux de l’époque. Le laboratoire a aussi montré un avant/après sur les images de Alice Comedies (pour Malavida) dont la restauration est restée légère. La société polonaise Di Factory, qui a notamment restauré en 4K Le couteau dans l’eau (1962) de Roman Polanski, a présenté son projet 40/90 : la restauration de 40 films d’Andrzej Wajda pour ses 90 ans (projet lancé avant sa mort le 9 octobre dernier). The Shadow line (1976) de Wajda a, par ailleurs, été restauré en partenariat avec la fondation de Martin Scorsese. Quant au laboratoire Eclair, il fête sa 700ème restauration avec le film Le Corbeau (1943) d’Henri-Georges Clouzot. Ont été présentées aussi de superbes images de Trois chambres à Manhattan (1965) de Marcel Carné et de La Chamade (1968) d’Alain Cavalier. L’américain Cineric, qui s’est occupée de la première restauration du Docteur Folamour (1964) de Stanley Kubrick, a évoqué son précieux travail sur le film japonais Ugetsu (1953) de Kenji Mizogushi, qui avait des problèmes de contrastes et d’images vinaigrées (pellicule qui se décompose). Présent également au MFC, le laboratoire Hiventy a rappelé être le dernier laboratoire français en photochimie (traitement des films nitrate, retour sur film 35 mm, films noir et blanc). Du côté de Technicolor, on s’interrogeait sur les informations à transmettre à de nouvelles générations de restaurateurs de films. Le laboratoire a ainsi élaboré un rapport détaillé pour chaque restauration afin de conserver l’historique des travaux effectués sur un film (quelle méthode, quel étalonnage, quelles réparations) image par image via un logiciel nommé Diamant. Cependant, le représentant du laboratoire a alerté sur la nécessité de développer des logiciels qui conservent l’historique des corrections faites sur les films. Mais le laboratoire qui a le plus fait parler de lui durant le festival est sans aucun doute Lumières numériques qui s’est occupé de la restauration des deux premiers films de Costa-Gavras : Compartiment tueurs (1965) et Un homme de trop (1966). Le matériel, récupéré chez Warner et MGM, a fait l’objet d’un nettoyage et d’un scan en 4K. Et, il faut l’avouer, les copies sont magnifiques. Compartiment tueurs affiche un noir et blanc aux contrastes très marqués et une photographie lumineuse. Quant à Un homme de trop, il garde des couleurs très naturelles et son grain d’origine. Lors de la présentation du film au festival, un représentant de Lumières numériques a expliqué avoir utilisé la méthode du Wetgate qui consiste à immerger la pellicule dans un liquide pour enlever les rayures. Il a précisé que Costa-Gavras avait refait l’étalonnage de son film, profitant des technologies qui n’existaient pas à l’époque. Les films feront partie des coffrets DVD et Blu-ray Costa-Gavras prévu chez Arte Editions pour décembre 2016. L’autre restauration impressionnante fut celle présentée par Silverway Media sur Les assassins de l’ordre de Marcel Carné. La comparaison des images avant et après restauration a été particulièrement efficace. On y a vu des images extrêmement détériorées, miraculeusement réparées et un film retrouvant ces belles couleurs. Côté animation, le laboratoire Mikros a dévoilé la restauration de la série Il était une fois effectuée pour la télévision. Le négatif 16 mm a été scanné en 2K et le programme, à l’origine en 1.37, a fait l’objet d’un recadrage en 1.66 pour s’adapter aux télévisions d’aujourd’hui. Et on redécouvre un dessin animé comme neuf ! Enfin, non présente au MFC, la société sud-africaine Gravel Road distribution a fait diffuser une vidéo de présentation de son travail en évoquant deux raretés : Joe Bullet (1973) de Louis de Witt et Umbango (The Feud) (1986) de Tonie van der Merwe, premier western zulu.

Régine Vial © L'EMPIRE DES IMAGES

Gérald Duchaussoy (co-organisateur du MFC) et Régine Vial (Les Films du Losange) © L’EMPIRE DES IMAGES

PASSION CINÉMA

Ce qui a le mieux résumé ces trois jours de marché du film et toute l’ambiance du festival, c’est une phrase prononcée non sans émotion par la productrice et distributrice Régine Vial, à propos du film en général : « C’est notre bijou, c’est notre trésor, c’est notre vie ».  Lors d’une étude de cas, consacrée à la restauration de Céline et Julie vont en bateau (1974) de Jacques Rivette, ressorti en salles cet été, cette passionnée, qui travaille depuis 30 ans pour les Films du Losange aux côtés de Margaret Ménégoz, a partagé son amour du métier. La société de distribution a restauré 40 films (parmi lesquels des films d’Eric Rohmer, Barbet Schroeder ou encore Roger Planchon). Pour chacun d’eux, il y a un DCP en 2K ou 4K et une copie 35 mm. Pour le film Céline et Julie vont en bateau, le point de départ de la restauration fut la faillite du laboratoire LTC qui était dépositaire du matériel. L’urgence était de récupérer le film et de lancer la restauration dans la foulée. C’est le laboratoire Eclair qui s’est occupée de la numérisation et de la restauration des éléments et Diapason qui s’est chargée de la partie sonore. Quand le réalisateur est vivant, c’est lui qui supervise les travaux, mais dans ce cas-ci, c’est la directrice de la photographie Irina Lubtchansky qui a suivi l’étalonnage, vérifié le DCP et la copie 35. L’une des difficultés de ce travail fut de retrouver la nuance de roux de Dominique Labourier, qui joue Julie dans le film. Régine Vial a rappelé la difficulté à trouver des écrans pour diffuser des films en salles même s’il y a une forte demande pour les films de patrimoine. La distributrice a exprimé sa satisfaction quant à l’exploitation du film de Jacques Rivette qui totalisait 5000 entrées en octobre. Même si le chiffre est modeste, elle n’a pas caché son émotion : « On est heureux car le film est vivant ». Prochainement, l’éditeur Potemkine sortira un coffret Jacques Rivette, tandis qu’Arte diffusera les films du cinéaste. Régine Vial a souligné l’importance de la restauration sans laquelle une nouvelle exploitation des films n’aurait pas été possible. Pour soutenir la ressortie de Céline et Julie vont en bateau, la bande-annonce originale a été restaurée et l’affiche d’origine a été retravaillée avec Barbet Schroeder et Bulle Ogier. Pour finir, la distributrice a fait un certain nombre d’annonces : une rétrospective Barbet Schroeder eu Centre Pompidou en 2017, la restauration des films Le jour des rois de Marie-Claude Treilhou (1991) et Raja (2003) de Jacques Doillon.

Plus qu’un lieu de tractation commerciale, le marché du film classique est un fascinant lieu d’échanges où se croisent avant tout des cinéphiles qui ont décidé de faire de leur passion un métier. Il a été fort agréable de rencontrer des professionnels soucieux de l’avenir des films et de la manière dont doit se transmettre le patrimoine cinématographique.

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