A PROPOS D’ELLY d’Asghar Farhadi (2009)

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En Iran, trois couples d’amis partent en week-end avec leurs enfants, loin de Téhéran. Sepideh, qui a organisé le voyage, a également invité Elly, une nouvelle connaissance qu’elle souhaite présenter à Ahmad, un ami divorcé. Réservée, la nouvelle venue s’intègre tant bien que mal à ce groupe très soudé. Mais au cours du séjour, Elly disparaît…

DANS CE FILM BRILLANT, FARHADI DECRYPTE LE CORPORATISME BOURGEOIS ET LA SPIRALE DU MENSONGE

Après le beau succès d’Une séparation, Memento Films a eu la bonne idée de ressortir au cinéma, cet été, les deux précédents films d’Asghar Farhadi : La fête du feu (2006) et A propos d’Elly (2009). Dans ce dernier, le cinéaste, épaulé par la même équipe de comédiens, explore encore très subtilement la bourgeoise iranienne. Mais alors qu’Une séparation décrivait une lutte sociale entre milieux aisé et modeste sur fond d’affrontement judiciaire, A propos d’Elly se concentre sur la société bourgeoise pour en décrypter le corporatisme. Au début, on découvre un monde presque irréel, respirant le bonheur d’une vie sans nuages. La caméra capture les regards complices et les moments chaleureux, presque insouciants. L’ambiance rappelle celle de Vincent, François, Paul…et les autres de Sautet où se retrouve la même camaraderie. Amis depuis l’université, les personnages nous font ressentir leur attachement mutuel. Peut-être un peu trop. Au milieu de cette bande de joyeux drilles, Elly, la nouvelle, ne trouve pas sa place. La jeune femme appartient au même milieu social et pourtant, reste une étrangère aux yeux de tous. Sa discrétion attise la curiosité. Les autres épient ses moindres gestes et ses réactions jusqu’à ce qu’Ahmad tombe sous son charme. Là, elle peut enfin être admise dans le cercle d’amis. Mais voilà qu’un drame survient déclenchant la disparition d’Elly. Soudainement, toutes les cartes sont rebattues. La complicité, peu à peu, s’estompe. Les couples se révèlent pas si unis qu’ils le prétendaient. Et surtout, le regard sur Elly change. Chacun échafaude une théorie sur cette absence, puis, au fil des détails de sa vie dévoilés, la juge. Asghar Farhadi installe une tension grandissante et joue sur nos nerfs. Le fait de ne pas savoir, d’imaginer le pire, de soupçonner l’issue la moins honorable… tout se mélange pour susciter autant la culpabilité que l’incrédulité. Mais le cinéaste complique sournoisement l’affaire en y imbriquant une succession de mensonges. Il piège ainsi ses personnages dans une spirale dramatique qui leur fera admettre leur manque de discernement. Car avant toute chose, le film dépeint une classe sociale repliée sur elle-même. Les moments de bonheur du début suggèrent déjà une bourgeoise vivant avec des œillères. Trop bien lotis dans leur petit confort, les personnages ne regardent jamais autour d’eux. D’ailleurs, la disparition d’Elly est la conséquence même de cette indifférence. Elle aura beau vouloir quitter le groupe, personne ne l’écoutera. Avec la finesse qui caractérise son cinéma, Asghar Farhadi signe là encore un superbe film dont la récompense ne surprend pas : il reçut, en 2009, L’ours d’argent du meilleur réalisateur à La Berlinale. 

 

Titre VO : Darbareye Elly / Pays : Iran / Durée : 1h56 / Distribué par Memento Films Distribution / Reprise en salles depuis le 13 Juillet 2011 

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