LA TAUPE de Tomas Alfredson (2012) Note : 7/10

Affiche La Taupe

En 1973, en pleine guerre froide, deux agents, George Smiley et son chef Control sont mis en retraite forcée du Cirque, le bureau des renseignements britannique. A l’origine de cette exclusion, une opération en Hongrie qui a mal tourné. Pourtant Smiley est bientôt réengagé officieusement par le gouvernement pour démasquer une taupe qui aurait infiltré l’organisation depuis de nombreuses années. Avec l’aide de son second, l’agent Peter Guillam, George va enquêter, parmi ses collègues et amis, pour trouver l’espion qui renseigne Karla, l’ennemi soviétique.

UNE AMBIANCE AU CORDEAU POUR UN FILM ÂPRE ET COMPLEXE

En adaptant le roman d’espionnage de John le Carré, Tinker, tailor, soldier, spy, Tomas Alfredson n’a pas choisi l’exercice le plus simple pour sa première réalisation anglo-saxonne. Le cinéaste suédois, révélé par le conte vampirique Morse, réussit pourtant avec ce cinquième long-métrage à s’imposer comme un auteur ingénieux et élégant. Tomas Alfredson installe un climat glacial à l’image même des relations entre Russie et Occident. Grâce à des décors minimalistes et à une photographie glaçante, il restitue l’univers sec et tendu des films d’espionnage des années 60, comme La lettre du Kremlin de John Houston ou encore M15 demande protection de Sidney Lumet et L’espion qui venait du froid de Martin Ritt, tous deux adaptés des livres de John le Carré. Mais surtout, on y retrouve la complexité et la densité du genre. Dans le cadre rigide des bureaux du Cirque, de mystérieux agents aux rapports troubles se toisent du regard pendant qu’un dossier parcourt les étages de l’institution. C’est l’occasion d’un aller-retour entre les heureuses années de l’équipe de Control et l’isolement de chaque membre aujourd’hui. Une succession de scènes elliptiques racontent l’aliénation des personnages : la retraite et la solitude de George Smiley (Gary Oldman), l’obsession de Control (John Hurt), les tourments de Peter Guillam (Benedict Cumberbatch), la claustration de Jim Prideaux (Mark Strong), la douleur de Ricki Tarr (Tom Hardy) ou encore les doutes de Bill Haydon (Colin Firth). A travers ces portraits pleins de finesse, se met en place un jeu d’échecs implacable. A mesure que l’étau se resserre autour de la taupe, le film se fait de plus en plus sombre et dépouillé. Mais l’histoire n’est pas tant celle d’une traque, que le récit d’une amitié trahie. Tomas Alfredson joue sur l’anti-spectaculaire et la non séduction pour nous obliger à voir plus loin, au-delà des apparences. L’économie systématique de jeu, d’émotions et d’explications, exige du spectateur une attention constante et une lecture analytique des scènes. Pour nous accompagner dans cette intrigue labyrinthique et paranoïaque, Alberto Iglesias, compositeur officiel de Pedro Almodovar, nous offre l’une de ses plus belles partitions. Avant tout, La Taupe est un film d’atmosphère qui laisse la part belle à un superbe casting. Sans doute ne plaira t-il pas à tout le monde. D’ailleurs, il m’aura fallu deux visionnages pour réellement en apprécier toute la subtilité. Car La Taupe est une œuvre à part, qui se bonifie avec le temps. C’est donc un film à voir et peut-être à revoir.

A écouter : la bande originale de Tinker, tailor, soldier, spy signée Alberto Iglesias

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Titre VO: Tinker, tailer, soldier, spy / Pays : UK/ Durée : 2h07/ Distribué par Studio Canal/Sortie le 8 Février 2012

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