LA MASTER CLASS DE JOHNNIE TO

De ses débuts comme coursier à la TVB (la TF1 hongkongaise), à son dernier film Life without principle (en salles le 18 juillet), Johnnie To s’est dévoilé comme jamais lors d’une master class organisée le 1er Juillet dernier par le festival Paris Cinéma. Hong-Kong étant à l’honneur de cette 10ème édition, il était impossible de ne pas inviter l’un de ses plus grands réalisateurs. Car avec une cinquantaine de films en 30 ans de carrière, Johnnie To est devenu une figure incontournable du cinéma asiatique. Connu surtout pour ses polars très stylisés (The Mission, Fulltime killer, Election 1 & 2, Exilé…), le cinéaste, qui se voit des filiations avec Jean-Pierre Melville, est revenu sur ses méthodes de travail, son enfance et la place importante que tient Hong-Kong dans sa filmographie. Animée par le critique Xavier Leherpeur (Studio Ciné Live, Canal +, France Inter), cette master class fut l’occasion de porter un regard plus large sur son oeuvre et de découvrir un artiste d’une rare modestie.

  

Son enfance et sa cinéphilie :

Son père travaillant près d’un cinéma, Johnnie To passait tout son temps libre dans uns salle obscure, caché derrière l’écran de projection. C’est ainsi que, jusqu’à l’âge de 12 ans, il vit un nombre incalculable de westerns et de films de guerre occidentaux à l’envers ! Plus tard, lorsqu’il rejoint la TVB, il va au cinéma quatre à cinq fois par jour.

 

Ses débuts à la télévision :

Sans diplôme, il entre à 17 ans à la TVB. Bientôt, on lui propose d’intégrer l’école d’art dramatique interne à la chaîne. Suite à cette formation, il devient assistant-réalisateur pour des séries télé de cape et d’épée adaptés de romans chinois. C’est là qu’il apprend les bases du scénario et surtout à travailler vite (sous peine d’être viré) : une trentaine de séquences par jour pour des épisodes de 45 minutes. Cette expérience va façonner la vivacité de son style et l’amener à se tourner plutôt vers les films d’action.

 

L’aventure Milkyway et le projet Fresh Wave :

Après une kyrielle de films alimentaires et commerciaux (The heroïc trio, Executioners), Johnnie To souhaite s’investir dans des projets plus personnels. Avec Wai Ka-fai, il fonde en 1996, Milkyway Image, une société de production qui a pour ambition de faire des films originaux. De cette aventure émergeront notamment Running out of Time, The Mission, Breaking news, PTU… qui imposent la patte de Johnnie To. Parallèlement, il continue à réaliser quelques films commerciaux afin de financer ses projets. Après de nombreux succès internationaux, il est temps pour Milkyway de former la relève du cinéma hong-kongais. Johnnie To produit donc des long-métrages de jeunes réalisateurs (Accident de Soi Cheang, Filatures de Yau Nai-Hoi) et devient le parrain du festival Fresh Wave, destiné à promouvoir une nouvelle vague de cinéastes. Derrière ce projet, il y a la volonté de maintenir la liberté de création propre au cinéma de Hong-Kong. 

 

Scénario, tournages :

Johnnie To travaille sans scénario et sans storyboard. C’est ainsi depuis une dizaine d’années et le développement de projets plus personnels (The Mission, PTU, Sparrow). Son travail s’organise au jour le jour et il fait évoluer ses intrigues au fil des tournages. Il tourne souvent la nuit pour avoir un contrôle sur la lumière et jouer sur les contrastes. Par ailleurs, selon lui, la nuit est pratique pour masquer les défauts. Johnnie To n’a pas de directeur artistique, non seulement pour des questions de budget mais aussi parce qu’il refuse d’être contredit ! Cependant, il voue une grande fidélité à son directeur photo et à ses techniciens car il le supporte !! Plus sérieusement, le cinéaste a l’habitude de travailler sur un film, de le laisser, puis d’y revenir et son équipe a appris à s’adapter à ces méthodes. L’homme se dit « cinéaste de Hong-Kong ». Connaissant chaque recoin de son île, Johnnie To en a fait une partie intégrante de ses films, comme un personnage à part entière dont le décor façonne ses histoires. Très attaché à Hong-Kong, il ne se voit pas tourner ailleurs jouissant d’une liberté exceptionnelle. Cependant, il a tout de même évoqué un prochain projet en co-production avec la Chine : Drug War.    

 

Johnnie To et les genres :

En éternel insatisfait, Johnnie To s’est essayé à tous les genres, passant de la comédie romantique (Yesterday once more), à l’action pure (Lifeline, film sur une unité de pompiers) et au thriller boursier (Life without principle). Pas très fan des effets spéciaux, il avoue ne pas être attiré par les films de fantômes dont il a un peu peur. Sommité du polar, Johnnie To ne se considère pas comme un maître du genre et estime avoir encore du chemin à parcourir pour en conquérir le titre.

 

Jean-Pierre Melville et Alain Delon :

Dernier point abordé, le cinéma de Melville que Johnnie To admire beaucoup. Il rêvait de lui rendre hommage en réalisant un remake du Cercle Rouge, mais le projet est semble t-il tombé définitivement à l’eau après sa rencontre avec Alain Delon. Pour rappel, l’acteur devait jouer le rôle finalement tenu par Johnny Hallyday dans Vengeance. Johnnie To a invoqué des divergences de point de vue sur le cinéma et l’impossibilité irrémédiable de s’entendre avec la star…

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